Travailleurs français mobilisés au service de l'Allemagne

Organisation Todt et Service du Travail Obligatoire (1942-1945)

Cet état des sources disponibles aux Archives de la Vendée concerne l’ensemble des requis au titre de l’Organisation Todt et du Service du Travail Obligatoire. 

Il permet : 

A) d’aborder des questions générales et des statistiques sur la mise en place des réquisitions, notamment par les rapports de la Direction départementale du Travail adressées au préfet (22 W 64) et par les dossiers établis par le cabinet de la préfecture (1 W). 

B) de retrouver une personne par origine géographique, par arrondissement, par canton ou par commune, par le biais d’un aspect comptable (les familles étaient en effet indemnisées) (20 W et 27 W). La recherche se fait par la commune de résidence de la famille du requis. 

C) de retrouver une personne par une recherche alphabétique. Elle peut se faire par le biais des listes de la préfecture, par le biais des dossiers de demande de cartes de victime du service du travail obligatoire (requis et réfractaires) dans le versement 1700 W. Ces dossiers ont été constitués par le service départemental de l’Office National des Anciens Combattants (ONAC), après la guerre, à partir du début des années 1950. L’ONAC conservant le fichier encore le fichier alphabétique de ces dossiers, c’est à lui qu’il faut s’adresser avant toute consultation, puis aux Archives de la Vendée, sur autorisation particulière. 

La Direction départementale du Travail et de la main d’œuvre a établi des listes nominatives, classées par convoi de départ, des listes de prévisions de départ et des inaptes. 

Enfin, les requis ont bénéficié d’une visite médicale à leur retour, au centre de la Croix-Rouge de la rue Luneau, à la Roche-sur-Yon, qui vit également passer toute personne revenant d’Allemagne, prisonniers de guerre, les résistants et les déportés raciaux. Le versement 484 W est constitué de petites fiches (classement par ordre alphabétique) indiquant l’identité du requis, ses dates et lieu de naissance, son domicile en Vendée, le lieu du séjour en Allemagne, la date du retour et des informations médicales. En raison de ces dernières informations, ce versement n’est communicable que sous dérogation (délai de 120 ans à compter de la date de naissance ou 25 ans après la mort de l’intéressé). 

Fiche de recensement pour le STO (22 W 53) 

La transformation progressive de l’économie allemande en économie de guerre et l’absence de nombreux ouvriers du Reich enrôlés dans la Wehrmacht créent, tout particulièrement à partir du printemps 1942, un criant besoin de main-d’œuvre. 

Dès le début de l’année 1941, les premiers départs concernent des jeunes gens affectés sur la construction d’ouvrages civils et militaires, dans le cadre de l’Organisation Todt. Les Allemands mettent tout d’abord à contribution les prisonniers de guerre présents sur leur territoire et font appel à des volontaires. Ces derniers sont toutefois peu nombreux et en juin 1942, l’Allemagne impose à Vichy la réquisition de 350 000 travailleurs. Pierre Laval négocie, en échange de cette main d’œuvre, le retour de prisonniers de guerre, donnant ainsi naissance à la « Relève », actions de libération « d’un prisonnier paysan contre trois ouvriers ». On assiste alors, à partir de septembre 1942, au départ d’ouvriers spécialisés, que les Allemands exigent en fonction de leurs besoins. 

Ce n’est qu’en février 1943 qu’est véritablement institué le Service du travail obligatoire. Il s’adresse aux jeunes gens nés entre 1920 et 1922 (classes 1940 à 1942), soit 650 000 personnes en France. La loi précise à l'encontre de ceux qui l'enfreindrait qu’ils encourent des peines d'emprisonnement de trois mois à cinq ans et des amendes de 200 à 100.000 francs. Début 1944 les Allemands demandent encore plus de main d’œuvre. Ce sera l'objectif de la loi du 1er février 1944 qui étendra les réquisitions éventuelles à tous les hommes de 16 à 60 ans, ce qui entraînera 40 000 départs supplémentaires. 

En Vendée, un peu plus de 4500 personnes ont été requises, dont 1200 seront réfractaires. En juin 1941, a lieu un premier départ d’ouvriers spécialisés vers Lorient, sur les chantiers de l’organisation Todt. La population du département est largement hostile à ces réquisitions. En avril 1943, le préfet indique dans le rapport mensuel qu’il adresse à Vichy : "Il faut noter que le départ de tous les cultivateurs de la classe 1942 crée des situations parfois tragiques". Quelques mois plus tard, en septembre, le commissaire des renseignements généraux signale au préfet que : «le dernier recensement de la classe 1943 qui a eu lieu ces derniers jours, à fait très mauvais effet, particulièrement chez les paysans qui craignent de voir partir leurs enfants vers l’Allemagne. ». Le directeur de l’Office du Travail note pour sa part que sur les 829 jeunes gens convoqués au mois de septembre, seuls 420 se sont présentés à la visite médicale. 

Portrait de René Giraudet

Portrait de l'abbé Pierre René Giraudet (illustration extraite du catalogue des documents iconographiques de la bibliothèque

L’administration locale freine les départs. Les maires ne relaient pas les informations et ferment les yeux sur les réfractaires. Le préfet Gaston Jammet fait de même. Legal, directeur de l’hôpital départemental où siège la commission médicale d’affectation des requis au STO, attestera après la guerre « être intervenu très fréquemment auprès de la commission médicale…en vue d’obtenir que les jeunes gens soient déclarés inaptes ou mis en sursis. Le Préfet Jammet n’ignorait rien de mon action, bien au contraire à plusieurs reprises, il m’encouragea, en me demandant d’intervenir en son nom » (Archives de la Vendée, 20 W 739). 

Plus de 3000 personnes seront concernées et affectées soit dans les chantiers de l’organisation Todt, chargée de la construction du mur de l’Atlantique, en Vendée ou dans les départements de la côte atlantique ou partiront, dans leur grande majorité, en Allemagne. Parmi eux, Louis Cousseau et Octave Fort, futurs maires respectifs de Mesnard-la-Barotière et d’Avrillé ou Raphaël Masliah, de La Roche-sur-Yon, requis sur un chantier Todt aux Sables d’Olonne et qui sera déporté, comme juif, vers Auschwitz, en février 1944. 

Un autre des personnages marquants est le prêtre René Giraudet. Curé de Saint-Hilaire-du-Bois, il se porte volontaire auprès de l’évêque, Monseigneur Cazaux, pour un départ en Allemagne. L’Eglise de France s’inquiète en effet de fournir aux travailleurs des aumôniers. Devant le refus des Allemands, les prêtres partiront dans la clandestinité. René Giraudet part le 22 avril 1943. Libéré par les Américains, à Bergen-Belsen en avril 1944, malade du typhus, il sera rapatrié au Kremlin-Bicêtre et y décédera en juin 1945. 

  

  

Mars 2011 

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