1906 : église fermée, pour cause inventaire !

Barricade dans l’église Notre-Dame de Challans ( 60 J 212, vue 1) 

En 1905, la loi de séparation des Eglises et de l’Etat résonne comme un coup de tonnerre, dans un marais breton qui en refuse l’éventualité : le concordat de 1801 est dénoncé unilatéralement, le gouvernement ne prend plus en charge le traitement des ecclésiastiques et ne subventionne plus aucun culte. Les établissements publics du culte sont supprimés et leurs biens transférés à des associations cultuelles après inventaire par l’administration des Domaines (art.3). Cette disposition est vécue par les catholiques comme une spoliation des biens de l’Eglise : les inventaires cristallisent l’opposition. 

  

A Challans, l’inventaire est fixé au 1er février 1906 mais le receveur des Domaines, M. Gasc, fervent catholique, préfère démissionner que de commettre ce qu’il qualifie de « sacrilège ». C’est le premier signe de la fronde dans la paroisse… 

  

Faute de personnel, l’inventaire est remis sine die. Le lundi 5 février, un sous-inspecteur annonce sa visite pour le lendemain, à 8h30. Le mardi, dès 7h30, « des anges invisibles » sonnent le tocsin, le glas et la volée, appelant la population à se mobiliser. L’église est barricadée : les bancs et les confessionnaux sont poussés contre les portes. Deux brigades de gendarmerie sont repoussées… La troupe arrive le soir même à Challans : 120 billets de logement sont demandés à la mairie. 

  

La porte des fonts baptismaux après le passage des gendarmes ( 60 J 212, vue 7) 

Le mercredi 7 février au matin, l’église de Challans est toujours barricadée, la troupe part dès 8h pour La Garnache. Mme Grelier, dans une lettre à son fils écrite le jour même, raconte que « tout ce qui peut partir en bicyclette, en voiture file immédiatement donner main forte à notre sœur ». Vers 15h30, le clairon annonce le retour de la troupe sur Challans : la population de Challans, bientôt rejointe par celle de La Garnache, se masse autour de l’église. Quelques paroissiens, parmi lesquelles Mme Grelier, ont été assez prompts pour tenir le siège dans l’église et entonnent les chants. Après trois sommations, la troupe donne l’assaut, à coups de hache dans la porte des fonts baptismaux. Il est six heures du soir quand peut commencer l’inventaire : celui-ci est rapide et sommaire. Constatons que là comme ailleurs, on aura manifesté la plus grande résistance mais sans risquer la violence physique. 

  

Le fonds Grelier (60 J) garde la trace de cet épisode : des photographies, des témoignages, de la correspondance rendent compte de l’opposition aux inventaires, tant à Challans que dans les paroisses voisines du marais ( 60 J 212). 

  

Le fonds Grelier

Il est constitué de papiers des familles Grelier et alliées, des travaux de l’abbé Grelier et de fonds d’archives familiales ou personnelles recueillis par l’abbé Grelier. Cette description sommaire ne rend pas justice à un fonds d’une richesse exceptionnelle : des archives anciennes comme la copie XVIIIe s. du cartulaire de Notre-Dame de Challans ( 60 J 204), des témoignages de la vie politique avec les banquets royalistes de Challans de 1879 et 1882 ( 60 J 504), des comptes rendus de fouilles archéologiques comme pour l’ancienne église de Sallertaine ( 60 J 348), la découverte de tombeaux près de Pont-Habert ( 60 J 351) ou un tumulus à La Garnache ( 60 J 356), un témoignage piquant de la vie dans la paroisse de Challans de 1908 à 1945 dans sa Chronique (60 J 219-228)…

Date de publication : 08 février 2017

Retour en haut de page