Centenaire de la bataille de Verdun : le témoignage des poilus vendéens

Une tranchée dans les environs d'Albert (Somme), hiver 1914-1915 (1 Num 393/11) 

Le 21 février 1916, les Allemands font donner l'artillerie sur les lignes françaises pour tenter de prendre Verdun. De violents combats suivent au Bois des Caures et les Allemands prennent le fort de Douaumont le 25 février. La bataille de Verdun ne se terminera que le 19 décembre. Ces âpres combats, qui font plus de 715.000 morts, disparus ou blessés, déboucheront, après dix mois d'atrocités, sur un quasi statu quo des positions des belligérants. Les deux tiers de l’armée française combattent à Verdun, parmi lesquels de nombreux Vendéens. L'opération de collecte de leurs souvenirs a permis de retrouver de nombreux témoignages. Le centenaire du début de la bataille de Verdun est l'occasion d'en lire quelques extraits. 

  

  

En janvier 1916, Armand Nerrière (La Roche-sur-Yon, classe 1915, n°1754), soldat au 91e régiment d'infanterie, est dans les tranchées de la Meuse à une vingtaine de kilomètres de Verdun où les conditions sont difficiles. Il écrit le 2 février : « On retourne aux tranchées vendredi. On y travaille beaucoup, car les tranchées ne font que s'écrouler, quand il mouille on a de l'eau jusqu'à mi-jambe mais on commence à y être habitué » ( 1 Num 1/268-10). Pendant ce temps, les Allemands rassemblent des forces. Tous ces préparatifs n'échappent pas aux Français, le 35e RI par exemple est envoyé en renfort et se met immédiatement au travail. Le 20 février, Joseph Mady (Fontenay-le-Comte, classe 1912, n°848) raconte : « On va prendre les tranchées dans deux ou trois jours. Mais je vous assure que j'aime autant rentrer aux tranchées que de faire le travail que l'on fait tous les jours, car quand on parle d'avoir le réveil tous les matins à trois heures, dans la journée faire des réseaux de fil de fer et le soir rentrer la moitié du temps même pas pour la soupe que ce n'est pas beaucoup la vie » ( 1 Num 384/3). 

Le 24 mai 1916, Michel Pasquier inscrit le mot VERDUN au moyen de croix pour indiquer sa destination à sa femme (1 Num 403/31) 

La bataille qui s'engage le lendemain est terrible. Un déluge de feu et de gaz toxique s’abat sur quelques kilomètres de front seulement. Du jamais vu sur un aussi petit terrain : « Verdun c'est le tombeau des armées, j'en avais cependant déjà vu plus d'une façon depuis près de deux ans, mais c'était rien envers ici... » ( 1 Num 403/32, Michel Pasquier, lettre du 2 juin). 

Bravant la censure, les soldats inquiets informent leurs proches de leur position. Dans sa lettre du 24 mai 1916, Michel Pasquier (Fontenay-le-Comte, classe 1905, n°1414) marque naïvement plusieurs lettres d'une croix pour former le mot VERDUN et brave le destin : « Tous ceux qui y vont n'y restent pas » ( 1 Num 403/31). 

Début mai, Jules Ardouin (Fontenay-le-Comte, classe 1912, n° 770), musicien brancardier au 114e RI, témoigne pourtant de la violence des combats. Son régiment défend la cote 304 : « C'est une moyenne de 10 projectiles par minute qui tombent autour de nous » ; « J'en ai la tête cassée et je suis presque sourd ». L'équipe de brancardiers, à laquelle il appartient, relève les blessés : « Nous faisons 3 tours aux premières lignes avec l'aumônier et nous fouillons les tranchées pour ramasser le reste des blessés. Il y a là un spectacle épouvantable. Impossible de faire un pas sans marcher sur un cadavre et encore, ils sont déchiquetés. Ce n'est qu'un pâté de chair, ça fait mal au cœur. Enfin, vers 6 h du soir, nous revenons avec un blessé » ( 1 Num 406/2). Les hommes sont usés par "l’enfer de Verdun" : « Tout le monde en a plein le cul de cette vie-là. Tous grognent et rouspètent après les Poincaré et Briand, les brigands qui nous tiennent là-dedans » ( 1 Num 406/12, Athanase Carteau, 12 déc.) ; « Ah ! Vivement que l'on quitte ce Verdun maudit et que l'on n’y revient plus jamais » ( 1 Num 406/12, Athanase Carteau, 27 déc.). 

Les ruines de la ville de Verdun (1 Num 1/160-5) 

Durant l'été les Allemands perdent l'initiative mais les combats ne vont pas cesser jusqu'à l'assaut final fin novembre. Alfred Bonnaud (Fontenay-le-Comte, classe 1897, n° 151) du 35e régiment d’artillerie relate que pendant trois semaines et de nuit, son groupe va acheminer près de 15.000 obus à sa batterie de tir positionnée près du fort de Souville (NE Verdun). Le 15 décembre, l'ultime offensive est lancée : « 10.000 obus sont brulés en trois jours » ( 1 Num 393/4).  

  

Aujourd'hui, Verdun, symbole de la Grande Guerre depuis la fin du conflit, est devenue capitale mondiale de la paix et la ville de la réconciliation franco-allemande. 

  

Louis Joguet, le vétérinaire au chevet des chevaux blessés

Louis Joguet en train d'opérer un mulet couché sur un lit de paille en juillet 1917 au dépôt d’Héricourt (Haute-Saône) (1 Num 431/33) 

Vétérinaire à Bournezeau, Louis Joguet (Fontenay-le-Comte, classe 1900, n°671) est mobilisé le 21 novembre 1914 au 51e régiment d’artillerie en tant que vétérinaire-auxiliaire. Il entretient avec sa femme Louise Gauffriau une longue correspondance de décembre 1914 à avril 1918, qui met en lumière le rôle de sa profession pendant la Grande Guerre. Loin des tranchées, Louis a la charge du traitement des animaux (blessures et maladies), principalement des équidés qui souffrent de maladies et subissent les attaques tout autant que les hommes. Il décrit les différentes facettes de son activité qu’il va être contraint d’adapter au fil du conflit : d'abord mobile depuis un cantonnement où il part en tournée visiter les bêtes, il s’installe ensuite dans un « dépôt » où les chevaux sont regroupés pour être soignés. Il aura aussi l’occasion d’assister, à l’hiver 1916 dans les Vosges, au travail d’une meute de 400 chiens de traîneaux, venus d'Alaska pour épauler les soldats enlisés sur les pentes neigeuses des montagnes. Cette correspondance est un exemple rare ne venant pas de la troupe dans l’ensemble présenté par le site. On notera que Louis Joguet, engagé dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, sera président du Comité départemental de libération.

Consulter la correspondance de Louis Joguet (1914-1918)

  

POUR EN SAVOIR PLUS 

Retrouver le parcours de chacun de ces soldats et de l’ensemble des hommes mobilisés en Vendée sur le site  Soldats de Vendée -1914-1918 

Visitez le portail Mémoire de la Guerre 1914-1918 

Date de publication : 17 février 2016

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