La restauration, épisode 6

Projet de construction d'une école et d'une mairie à Saint-Gervais par l'architecte départemental, Georges Loquet, 1880, calque restauré, 55×40 cm, 1 OO 675-7

Zoom sur des cartes marines et des calques d'architecte

Des cartes marines imprimées sur papier vélin et des plans d'architecte sur papier calque sont à l'honneur dans ce sixième épisode consacré à la restauration. 

Dans la typologie des documents d'archives, les cartes et plans font partie des documents figurés à l'instar des dessins, gravures, photographies et cartes postales. Leurs principes de restauration sont semblables à ceux qui régissent les autres types d'archives. Nous les avons d’ailleurs déjà abordés dans un  précédent épisode, rappelons qu'il s'agit de conserver l’intégrité et l’authenticité du document en vue de préserver sa lisibilité, de pratiquer une restauration décelable tout en restant discrète et de n’utiliser que des matériaux et traitements réversibles. Mais les cartes et les plans présentent aussi quelques spécificités intéressantes à signaler.  

  

Provenance 

Pour commencer, d’où proviennent ces cartes marines et ces calques d’architecte et pourquoi en avoir restauré certains ? D’une manière générale, cartes et plans se retrouvent logiquement dans des collections iconographiques, mais sont aussi très nombreux, parmi d’autres pièces non figurées, dans des dossiers d’archives consacrés aux bâtiments (projets, constructions, réaménagements). Les deux cas se présentent ici. Les cartes marines appartiennent à un fonds de cartes et plans déposé aux Archives de la Vendée par la ville de Luçon ( 24 Fi), tandis que les calques d’architecte proviennent de dossiers administratifs des séries 4 N (bâtiments départementaux) et 1 O (gestion communale soumise au contrôle de la préfecture notamment pour les bâtiments : mairies, écoles, églises…) 

  

"Carte réduite de la Manche" par Bellin, ingénieur de la Marine, 1763, 58,4×89,7 cm, 24 Fi 37

Constat d'état 

Les facteurs de dégradation des cartes et plans sont multiples comme pour toute pièce d’archives, mais leur grand format, leur conditionnement parfois inadapté et leur support souvent fragile sont fréquemment à l'origine de leurs dommages. 

Les calques sont bien représentatifs à cet égard ; pour rentrer dans les dimensions d’un dossier, ils ont souvent été pliés. Il en résulte des ruptures du papier, ce d’autant plus que les calques sont extrêmement cassants. On le comprendra en précisant leur processus de fabrication. Les papiers calques ont la particularité d’être transparents, d’où leur emploi important en architecture. Or une feuille de papier, de par sa nature fibreuse, ne possède pas une bonne transparence, elle est même plutôt opaque. Ce sont des opérations spécifiques de raffinage, pendant sa fabrication, qui permettent d’obtenir la transparence voulue notamment par immersion dans de l’acide ou par imprégnation de certaines substances comme des solvants, des essences de térébenthine, de l’alcool ou de l’éther. Ce raffinage modifie en profondeur les propriétés des fibres de papier et sa qualité d’origine. Sur le long terme, la solidité mécanique du papier calque se réduit, il devient donc très cassant. Ainsi n’est-il pas rare de voir un plan sur calque en plusieurs morceaux, sa restauration consistant alors à reconstituer les pièces du puzzle. 

Le papier vélin sur lequel les cartes marines ont été imprimées ne présente pas la même fragilité. Toutefois la pâte à papier, sans vergeures contrairement au papier vergé ( 1), reste fine et lisse et peut s’avérer plus sensible aux facteurs de dégradation. Des lacunes en bordure des cartes marines présentées ici ont ainsi été constatées. 

  

Sainte-Flaive-des-Loups : plan de l'école de garçons par l'architecte départemental, Georges Loquet, 1885, calque restauré, 44×31,5 cm, 1 OO 773-2

Restauration 

Après l’étape préalable indispensable du nettoyage par dépoussiérage et gommage, un réencollage du papier est pratiqué, puis la restauration consiste principalement à combler les lacunes et à doubler au verso toute la surface des documents en vue de consolider leur support et d’assurer leur lisibilité. Sur les images, on repérera plus ou moins facilement les zones qui ont été comblées. En revanche, le doublage des versos n’y est pas visible. Mais il a bien été pratiqué au papier japon 17 gr sur les calques et 34 gr sur les cartes. 

Après la restauration, il est indispensable de réaliser des conditionnements adaptés. Les calques ne sont bien sûr pas réintégrés dans leurs liasses d’origine, mais conservés non pliés, autrement dit à plat, comme les cartes. Les documents sont alors placés dans des pochettes confectionnées sur mesure en matériau neutre et transparent (polyester), puis rangés dans des boîtes au format approprié ou dans des meubles à plans. Ils ne sont pas pour autant oubliés. Numérisés, vous les retrouvez en ligne sur ce site. 

  

  

(1) Le nom du papier vergé provient des traces (vergeures ou fil de cuivre) laissées en filigrane lors de sa fabrication.   

  

Cartes marines restaurées  

"Carte générale des costes de l'Europe sur l'océan comprises depuis Dronthem en Norvège jusques au Détroit de Gibraltar", [1693], 59,8×85,7 cm, 24 Fi 16

  

"8ème carte particulière des costes de Bretagne qui comprend l'entrée de la Loire et l'isle de Noirmoutier", [1753], 64,1×94,5 cm, 24 Fi 103

   

  

  

  

  

  

  

  

  

  

Calques d'architecte restaurés

Montaigu : plan de l'école primaire de garçons par l'architecte A. Boudaud, 1888, 78×60,5 cm, calque restauré, (Fi) 1 O 441-3.  

Saint-Mesmin : plan d'agrandissement de l'église par l'architecte du département, Georges Loquet, 1886, 62,7×35,2 cm, calque restauré, 39 Fi 18 (plan extrait de la liasse 4 N 11). 

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

   

  

  

  

  

  

  

   

  

Consulter les précédents épisodes : 

Date de publication : 10 août 2016

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