Le livre en habit de fête : les cartonnages d’éditeurs pour enfants au XIXe siècle

Echantillon de couvertures en papier et en percaline 

La présence aux Archives de la Vendée d’un ensemble de cartonnages dans deux fonds d’imprimés (les bibliothèques d’Émile Brethé (BIB 5 G) et d’André Boutelier (BIB 8 G)) est l’occasion de découvrir ce qui fait l’originalité de ces ouvrages.  

Si pendant longtemps, ils ont évoqué des livres poussiéreux, à la couverture rouge et au texte désuet, trouvés dans le grenier d’une grand-mère ou chez un bouquiniste, ils sont aujourd’hui prisés par les collectionneurs, et témoignent de la société de l’époque et du formidable bond en avant des techniques, qui permit au livre de se démocratiser. 

  

« Ma grand-mère m’avait donné...» : un peu d’histoire

Au XIXe siècle, l’avènement de la bourgeoisie et la généralisation de l’alphabétisation provoquent une forte demande en livres. La découverte de nouvelles techniques permet la naissance de la reliure industrielle et une production de masse.  

Le cartonnage, reliure bon marché concernant principalement les livres pour la jeunesse, se généralise. Il comporte trois caractéristiques principales : 

  • Il est fabriqué à partir de plats en carton léger, recouverts de matériaux bon marché ;
  • Il utilise le plus souvent la technique de l’emboîtage, volume et couverture tenant ensemble par collage et non par des ficelles comme en reliure traditionnelle ;
  • Les différentes parties peuvent être fabriquées simultanément et assemblées ensuite, ce qui raccourcit considérablement le temps nécessaire à la confection d’un ouvrage.

  

« … Un livre avec des coquillages... » : le livre-objet

Les livres pour la jeunesse deviennent, pour les éditeurs, une nouvelle source de profit, certains en faisant leur spécialité et créant des collections pour fidéliser leur lectorat (Mame à Tours et sa « Bibliothèque de la jeunesse chrétienne », Hachette à Paris et sa « Bibliothèque rose »). 

Ces ouvrages se signalent par leur couverture, aux couleurs souvent éclatantes, et présentant des décors divers, faits pour séduire au premier regard. Celle-ci est réalisée avec de la basane (peau de mouton bon marché), du papier, ou de la percaline (toile de coton enduite et teintée, qui apparaît vers 1830). La couleur rouge de cette dernière, devenue l’emblème des cartonnages, n’apparaît en fait que vers la fin des années 1860. Elle fut d’abord teintée dans des couleurs sombres, brun, bleu, etc. 

Les décors sont variés : décors floraux, palmettes ou « à la cathédrale ». À partir de 1840, ils sont lithographiés et se présentent sous forme de médaillons. 

   

« … Un livre de prix tout doré... » : le livre-récompense

Les livres de prix et les livres d’étrennes, constituent les catégories les plus représentatives des cartonnages d’éditeurs pour enfants.  

Le livre de prix, né au XVIIe siècle dans les collèges, gagne ensuite l’école primaire. Destiné à récompenser les meilleurs élèves, il est remis lors d’une cérémonie clôturant l’année scolaire. Il se reconnaît à la présence d’un ex-praemio (du latin praemium, récompense) : il s’agit d’une inscription manuscrite ou bien d’une étiquette pré-imprimée collée, qui indique le nom de l’élève, son établissement scolaire, le nom de son responsable, sa classe, l’objet de sa récompense. La couverture peut être décorée d’une couronne de laurier avec le nom de l’institution.  

Le livre d’étrennes peut porter un ex-dono, dédicace manuscrite écrite par la personne qui offre l’ouvrage. 

   

« … Dont je tournais sans fin les pages. » : le livre qui éduque et rend meilleur

Ces livres, illustrés, s’ils peuvent être récréatifs, se veulent avant tout instructifs et moralisateurs. Certains renferment un texte austère, qui tranche avec l’aspect décoratif de la couverture. 

Les récits de voyages et les livres d’histoire et de sciences côtoient des romans, des contes édifiants ou des hagiographies. Certains sont écrits spécifiquement pour les jeunes filles. Leurs auteurs sont des pédagogues, des ecclésiastiques, mais aussi beaucoup de femmes. 

Fréquemment, ces ouvrages ne portent pas de nom d’auteur et, lorsqu’un nom est mentionné, il s’agit souvent d’un pseudonyme. C’est particulièrement vrai pour les femmes, qui, si l’on excepte la comtesse de Ségur, sont, pour beaucoup, restées inconnues. 

Ainsi donc, malgré certains de leurs aspects jugés aujourd’hui archaïques, les cartonnages sont à l’origine d’une nouvelle forme de littérature, dont l’importance va croître tout au long du XXe siècle, le livre pour la jeunesse. 

  

Ma grand-mère m'avait donné / Un livre avec des coquillages / Un livre de prix tout doré / Dont je tournais sans fin les pages : « Le livre de prix », poème de Maurice Carême, première strophe.   

  

   

Date de publication : 13 février 2019

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