Les plaques de verre

Reconstitution d'un laboratoire photographique au Poiré-sur-Vie, vers 1900, par les frères Tenailleau (plaque de verre, 1 Num 1/300-6

1. Repères historiques et techniques : de l’albumine à la gélatine (1847-1940)

Dans la grande famille des photographies anciennes, nous choisirons de nous pencher, par le biais de plusieurs articles, sur les plaques de verre. Les Archives de la Vendée en offrent à la consultation près de 5000 réparties dans des fonds de photographes professionnels ou amateurs, ainsi que dans des collections familiales ou personnelles.  

Où placer les plaques de verre dans l'histoire récente, mais parfois complexe, de la photographie ? Quelles sont leurs caractéristiques techniques ? Comment les manipuler, les conserver et les rendre accessibles ? Et quels sont les fonds disponibles à la consultation ? Nous commencerons aujourd’hui par répondre aux deux premières questions en présentant des repères historiques et techniques (1)

  

1839 : invention de la photographie

La photographie est née officiellement, il y a 180 ans, le 10 août 1839. Ce jour-là, le physicien François Arago annonce à l'Académie des Sciences la découverte d'une invention baptisée le daguerréotype. Ce nouveau procédé, en fait une photographie sur plaque de cuivre, est né des recherches communes entreprises par le physicien Nicéphore Niépce et le peintre décorateur, créateur du Diorama, Daguerre, qui s'étaient associés dix ans auparavant, en 1829. 

Négatif sur plaque de verre au gélatinobromure d'argent ( 1 Num 1/300-14). On aperçoit la couche de gélatine qui se décolle du support en verre sur les bords de la plaque 

Rappelons que la photographie, autrement dit « l’écriture par la lumière », désigne une image visible et durable obtenue par l’action de la lumière sur un support. Concrètement, une photographie est constituée de plusieurs strates : 

un support, la couche la plus épaisse, en métal, en papier, en verre ou en plastique qui porte un liant et une image, 

un liant, substance transparente faite d’albumine, de collodion ou de gélatine, qui permet de maintenir l’image sur le support, 

une image constituée de matériaux (particules métalliques, pigments ou colorants) qui diffusent et absorbent la lumière.   

  

  

Dans la multiplicité des procédés photographiques, les plaques de verre ont donc en commun leur support, que l’image soit positive ou négative, en noir et blanc ou en couleurs. Les principaux procédés sur plaque de verre avec leur période d’utilisation s’établissent comme suit : 

  

1847-1860 : négatifs sur plaque de verre à l'albumine 

Nous ne nous étendrons pas sur les premiers procédés photographiques. Toujours est-il que des négatifs sont d'abord produits sur du papier qui présente l'inconvénient d'être opaque et irrégulier et dont le grain nuit à la netteté du tirage. Pour remédier à ces défauts, Abel Niépce de Saint-Victor, cousin de Nicéphore Niépce, a le premier l'idée, en 1847, de remplacer la feuille de papier par une plaque de verre ; il parvient à y fixer des sels d'argent sensibles en utilisant comme liant de l'albumine (blanc d’œuf). La surface lisse et transparente du verre permet alors d'obtenir une image sans grain ; en revanche le temps de pose doit être long, entre 5 et 15 minutes. 

  

1851-1885 : négatifs sur plaque de verre au collodion

En 1851, l'albumine est avantageusement remplacée par une solution de nitrate de cellulose (coton et poudre) dissoute dans un mélange d'éther et d'alcool. Cette solution, appelée collodion humide, est appliquée à la surface des plaques de verre pour y maintenir les sels d'argent photosensibles. Le collodion se révèle être une substance d'une grande sensibilité à la lumière, le temps de pose passe ainsi de plusieurs minutes à quelques secondes. En revanche, le développement des plaques dans les minutes qui suivent la prise de vue est impérative. Si ce n'est pas un inconvénient pour la photographie en studio, c'est une vraie contrainte en extérieur. Les plaques de verre au collodion humide seront utilisées pendant plus de trois décennies (1851-1885) et concurrencées, à partir de 1880, par les plaques de verre au gélatinobromure d'argent. 

     

1878-1940 : négatifs sur plaque de verre au gélatinobromure d'argent

L'eau serait-elle froide ? Pour saisir sur le vif une telle réaction, l'instantané est indispensable (plaque de verre, août 1922,  40 Fi 2 550

Avec les plaques de verre au gélatinobromure d'argent, la photographie passe de la fabrication artisanale à la fabrication industrielle. Première étape : en 1871, un médecin anglais, Richard Leach Maddox, modifie leur préparation en les recouvrant d’un mélange qui contient tous les ingrédients : un nouveau liant, la gélatine, et des particules argentiques (bromure de potassium et nitrate d’argent). Seconde étape : ce mélange, qui portera le nom d’émulsion au gélatinobromure d’argent, est définitivement adopté, à partir de 1878, lorsqu’un photographe anglais, Charles Bennett, découvre qu’en le chauffant, sa sensibilité est considérablement accrue. Les temps de pose se réduisent donc encore, on passe de la seconde à la fraction de seconde. C’est la naissance de la photographie instantanée

Autres avantages des plaques de verre au gélatinobromure d’argent, elles peuvent se conserver des mois avant leur utilisation, il devient donc possible de les fabriquer industriellement, et elles peuvent être développées après un délai assez long. Vous l’aurez certainement déduit par vous-même, la très grande majorité des plaques de verre conservées relève de cette catégorie, les plaques de verre à l’albumine et au collodion étant rares dans les collections. 

       

1850-1950 : positifs sur plaques de verre, les vues stéréoscopiques

Visionneuse adaptée à la consultation de vues stéréoscopiques (92 Fi) 

Les vues stéréoscopiques se distinguent par l’existence de deux images sur la même plaque. En utilisant une visionneuse adaptée, ce procédé permet de recréer la sensation du relief. Les plaques sont fabriquées en deux étapes : un négatif sur plaque de verre est d’abord réalisé (à l’albumine, au collodion ou à la gélatine selon les époques), puis ce négatif est photographié sur une plaque photographique qui fournira la vue positive. A partir de 1880, des plaques de verre gélatino-argentiques conçus pour produire directement des positifs sur verre sont commercialisées. Les vues stéréoscopiques sont souvent doublées d’une plaque de verre maintenue par une bande de papier noir. 

  

En conclusion de ce premier article, les plaques de verre, essentiellement au gélatinobromure d’argent, ont connu leur heure de gloire des années 1880 à la fin des années 1910. Elles continueront toutefois à être utilisées jusque dans les années 1950 par des professionnels qui les apprécient pour la qualité de leurs images. Mais lourdes et fragiles, elles disparaîtront progressivement au profit des supports souples en plastique. Raison de plus pour les conserver avec le plus grand soin aujourd’hui, ce sera l’objet d'un prochain article.   

  

Vues stéréoscopiques de la Grande plage des Sables-d'Olonne, 1921 ( 40 Fi 2 550)  

Négatif sur plaque de verre. Avez-vous remarqué l'ombre du photographe ? 

  

Même négatif sur plaque de verre dont on a inversé la polarité 

Positif sur plaque de verre 

  

   

(1). Pour en savoir plus, se reporter à l’ouvrage de référence suivant : Reconnaître et conserver les photographies anciennes. / Bertrand Lavédrine ; collab. Jean-Paul Gandolfo, Sybille Monod ; préf. Michel Frizot. - Paris : Comité des travaux historiques et scientifiques, 2007, 345 p. (BIB B 3498) 

Date de publication : 17 mai 2019

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