Les plaques de verre

Plaque de verre brisée 

2. Comment les conserver ? De leur boîte "Lumière" à leur boîte de conservation

Comme annoncé en mai dernier, nous poursuivons notre découverte d’un type bien spécifique de photographies anciennes, les plaques de verre, qui ont connu leur heure de gloire entre 1880 et 1920. Après avoir consacré un premier article à donner des repères historiques et techniques, le second portera aujourd’hui sur les moyens mis en œuvre pour les conserver au mieux. 

  

Un côté verre et un côté émulsion

Rappelons que les plaques de verre sont composées de la juxtaposition de trois strates : un support en verre, un liant transparent fait le plus souvent de gélatine et une image constituée de particules argentiques. Ce sont les plaques de verre au gélatinobromure d’argent qui ont été les plus utilisées, et qui se trouvent de la sorte aujourd’hui les plus fréquemment conservées dans les collections. 

Une plaque de verre se distingue par ses deux côtés : le côté du support en verre, lisse et brillant, et le côté de l’image ou de l’émulsion, plutôt mat

  

Les risques de dégradation  

Couche de gélatine décollée 

Du fait de leur support même, les plaques de verre sont très fragiles. Le moindre choc peut provoquer des fêlures, voire des cassures du verre, puis altérer l’image. 

A ces risques de dégradations physiques, s’en ajoutent d’autres, biologiques, car la couche de gélatine est très sensible aux conditions environnementales. Si l’air est trop sec (humidité relative inférieure à 20 %), celle-ci perd son humidité intrinsèque et se rétracte ; les tensions ainsi créées peuvent aboutir à des décollements de la gélatine de son support en verre, puis à la disparition localisée, voire généralisée de l’image.    

A l’inverse, si l’humidité est excessive (humidité relative supérieure à 65 %), des moisissures risquent d’apparaître, la gélatine constituant un bon substrat pour leur développement. On observera alors la présence de boursouflures grises ou de dépôts et filaments parfois colorés. Des préparations défectueuses de la gélatine au moment de sa fabrication peuvent aussi être à l’origine de l’altération des plaques de verre. 

  

Les conditions environnementales les plus favorables

Des conditions de température et d’humidité relativement basses permettront de limiter ces risques biologiques, les conditions thermo-hygrométriques les plus favorables étant 18° C et 30 à 40 % d’humidité relative. On veillera aussi à éviter des fluctuations excessives et brutales et à conserver les plaques de verre à l’abri de la lumière et de la pollution atmosphérique. Les Archives de la Vendée disposent, à cet effet, d’une salle climatisée dédiée à la conservation de ce type de supports particulièrement fragiles. 

  

Les boîtes d’origine

Modèles de boîtes d'origine aux noms des sociétés Lumière, Grieshaber ou Guilleminot... 

Les plaques de verre arrivent aux Archives départementales dans des contenants assez variés : parfois de fortune (cartons, cagettes…), mais aussi dans des boîtes en bois spécialement conçues pour les ranger verticalement, et souvent même dans leurs boîtes d’origine au nom de la société qui les a fabriquées et commercialisées. 

On relèvera, à cet égard, les boîtes aux étiquettes bleues de la « Société anonyme des plaques et papiers photographiques A. Lumière et ses fils », à Lyon. Le père, Antoine, était déjà photographe à Besançon dans les années 1860, et les deux fils, Auguste et Louis, célèbres pour avoir inventé le cinématographe en 1895, ont fait leurs débuts, sur les traces de leur père, dans la photographie. Une autre société connue également sous le nom de son fondateur, J. Jougla, implante une usine à Joinville-le-Pont (Val-de-Marne) et s’associera en 1911 avec les frères Lumière. Citons également les plaques dites « La parfaite » de la société Guilleminot à Paris et celles de la société « As de Trèfle » des frères Grieshaber à Saint-Maur (Val-de-Marne). 

Ces boîtes d’origine en carton de mauvaise qualité ou en bois, de même que les pochettes en papier cristal qui enveloppent parfois les plaques de verre, ne sont pas des conditionnements adaptés à leur bonne conservation et ne doivent pas être réutilisés. En revanche, des modèles sont gardés pour leur intérêt historique et toutes les informations qu’elles contiennent, susceptibles d’être utiles à l’identification des plaques de verre, sont relevées. 

  

Le nettoyage

Pinceaux en poils d'oreille de veau disposés en éventail 

Avant de reconditionner les plaques de verre, il est nécessaire de les nettoyer, car elles sont souvent relativement empoussiérées, même si cela ne se voit pas toujours de prime abord. L’élimination des poussières limite aussi le risque de développement de moisissures. La manipulation des plaques de verre se fait avec soin en évitant le contact direct des doigts sur le côté de l’émulsion, des traces pouvant en effet marquer de manière irréversible l’image. Pour ce faire, il est recommandé de porter des gants de coton

Les deux faces d’une plaque de verre sont d’abord dépoussiérées à sec avec un pinceau dont les poils souples sont disposés en éventail. Le dépoussiérage se fait du centre de la plaque vers ses bords. Ensuite, seul le côté verre fait l’objet d’un nettoyage humide au moyen d’un chiffon doux de coton imprégné d’une solution obtenue en mélangeant de l’eau et de l’alcool. On l’aura compris, le même traitement humide sur le côté de l’émulsion aurait de graves conséquences irréversibles puisque l’image s’en trouverait effacée. On n’oubliera pas aussi de nettoyer les quatre tranches de la plaque en veillant à ne pas déborder sur le côté de l’émulsion. On fait enfin sécher la plaque à l’air libre en plaçant le côté verre vers le haut. 

  

Le reconditionnement

Une fois nettoyées et séchées, les plaques de verre sont conditionnées individuellement dans des pochettes en papier neutre, puis rangées dans des boîtes de conservation, en carton neutre également. Pour les plaques fêlées ou cassées, il est possible de les placer en « sandwich » entre deux supports en carton neutre ou en verre de même format. Le rangement à la verticale est privilégié pour éviter de superposer les plaques les unes sur les autres ; en effet celles qui se trouveraient au fond de la boîte risqueraient de se casser sous le poids des autres. 

Les plaques de verre sont ainsi nettoyées, conditionnées et conservées dans des conditions favorables, il reste bien sûr à rendre leurs images accessibles. Le prochain article abordera donc la question de leur numérisation et de leur diffusion en ligne. 

Arrivées dans leurs boîtes d'origine en carton ou en bois, les plaques de verre sont reconditionnées individuellement en pochettes en papier 

Date de publication : 13 août 2019

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