10 novembre 1454 : un cartulaire pour l’abbaye Saint-Jean d’Orbestier

L'abbaye est située aujourd'hui sur la commune de Château-d'Olonne (carte postale de la collection Ramuntcho, 20 Fi 60-4) 

Nous sommes le 10 novembre 1454, veille de la saint Martin d’hiver dans le calendrier liturgique. L‘abbé de Saint-Jean d’Orbestier, Louis de Machecoul, et les religieux de la communauté ont sollicité le sénéchal de Talmont, Jehan Macayre, venu sur place accompagné du scribe et greffier de la sénéchaussée, Maturin Raiffe. Mais quel est le but de cette requête auprès d’une autorité civile ? « Faire transcrire et mettre en un livre toutes lesdites lettres, papiers, cartes, mémoriaux, instruments, privilèges et autres enseignements »de l’abbaye. Par chance, ce livre, autrement dit le cartulaire de l’abbaye, existe toujours. Conservé aux Archives de la Vendée dans le fonds des papiers de l’abbaye saisis à la Révolution (H 71), cet objet remarquable a été numérisé et est désormais disponible en ligne.  

Le cartulaire s’ouvre et se ferme sur deux pièces identiques datées du 10 novembre 1454 ; le sénéchal de Talmont y explique l’origine du « projet », pourrait-on dire aujourd’hui, et le décrit. Qu’en est-il ? 

  

Exemple de feuillets en parchemin (à gauche, f°180) et en papier (à droite, f°181) 

Origine du cartulaire

A cause des guerres et divisions survenues dans le royaume et dans le comté du Poitou, il est déjà arrivé aux bénédictins de Saint-Jean d’Orbestier de fuir leur abbaye tout en emportant avec eux leurs précieuses archives. Cette expérience leur a toutefois montré que des pièces s’étaient égarées ou s’étaient dégradées. Il en était résulté la perte des « droits, rentes, devoirs, revenus, privilèges, franchises, libertés et immunités » de l’abbaye. Pour l’éviter, il convenait de rassembler en un volume la copie des titres de propriété et de le faire authentifier en justice, pour lui attribuer la qualité d’un cartulaire apportant une véritable garantie juridique. C’est la raison pour laquelle il est fait appel au sénéchal de Talmont et à son greffier. 

  

  

Composition et structure du cartulaire

395 pièces sont copiées, en français ou en latin, sans aucun ordre chronologique, telles qu’on devait les présenter au regard du copiste, à moins qu’elles ne lui aient été dictées. Les pièces portent un numéro d’ordre et la copie de chacune d’elle est authentifiée par les signatures du sénéchal et du greffier de Talmont. Au total, le volume renferme 324 feuillets de papier et de parchemin. Douze sachets en toile de lin sont toujours suspendus au cartulaire et contenaient à l’origine les sceaux apposés par le sénéchal de Talmont à la fin de chaque cahier. Le cartulaire est structuré de la manière suivante :  

  • Deux tables dont la première est très fragmentaire (feuillets non foliotés)
  • Origine et description du cartulaire par Jehan Macayre, sénéchal de Talmont (10 nov. 1454) : acte n°1, f° 1-2
  • Transcription des actes numérotés 2 à 394 : f° 3-322 
  • Origine et description du cartulaire par Jehan Macayre, sénéchal de Talmont (10 nov. 1454), répétition de l'acte n°1 : acte n°395, f° 323-324

  

Publication imprimée en 1877

Le cartulaire a fait l’objet d’une publication imprimée en 1877 par Louis de La Boutetière, dans une édition de la Société des Archives historiques du Poitou. L’ouvrage coté BIB 838 aux Archives de la Vendée est consultable en salle de lecture, il bénéficie également d’une version numérique plus largement accessible sur Gallica, la bibliothèque numérique de la Bnf. Sur les 395 actes, 344 sont publiés, non dans l’ordre initial du cartulaire, mais dans un ordre chronologique. Ils se répartissent en 10 pièces du XIIe siècle, 87 du XIIIe s., 174 du XIVe s. et 73 du XVe s. Les pièces non publiées sont soit manquantes (n°101 [1] et 254 [2]), soit considérée comme fausse (n°265), soit des doubles indiqués comme tels avec un numéro de renvoi, soit des pièces analysées sommairement en notes [3]. L’acte du 10 novembre 1454 est publié intégralement à part dans l'avant-propos. En fin de volume, on trouvera aussi une table des noms de personnes et de lieux. 

  

Etat du cartulaire avant sa restauration 

Etat dégradé du cartulaire

En 1877, Louis de La Boutetière observe l’état très altéré du cartulaire qu’il décrit de la sorte : « taché, déchiré, aux trois quarts effacé en maints endroits, ce manuscrit est dans le plus triste état de conservation qui se puisse imaginer, état que les vicissitudes subies par le dépôt dont il fait partie expliquent assez » [4]. Transporté en 1791 à Fontenay-le-Comte au moment de la saisie des papiers de l’abbaye, le cartulaire a très vraisemblablement été endommagé pendant la période révolutionnaire, avant d’être transféré en 1806 à La Roche-sur-Yon, nouveau chef-lieu du département. Aujourd’hui, le constat est le suivant : de la couvrure en parchemin ne subsiste que le plat inférieur ; de ce fait, les cinq doubles nerfs en peau de la couture sont bien visibles sur le dos du volume ; les premiers feuillets contenant une table sont très fragmentaires ; la plupart des feuillets portent, plus ou moins visiblement et largement, des traces d’altération dues à l’eau – Louis de La Boutetière mentionne un incendie en avril 1795 suivi d’une aspersion intense et prolongée –, et des zones du texte semblent avoir été délibérément occultées, mais sans réelle cohérence, notamment avec une encre bleue. Malgré cet état, le cartulaire de Saint-Jean d’Orbestier est un objet exceptionnel conservé dans sa quasi-intégralité.    

  

Exemple de texte occulté par une encre bleue (folio 38) 

Restauration en 2015

Confiée à l'atelier Claude Benoist de Ménigoute, la restauration a consisté à nettoyer, par brossage et gommage, l’ensemble des feuillets, puis à combler ceux qui étaient lacunaires, soit plus de 70. Du parchemin de chevrette a été utilisé pour combler les lacunes des parchemins et du papier japonais pour les autres. La couture du volume et les sachets en toile qui protégeaient auparavant les sceaux ont été réparés au fil de lin et une boîte de conservation a été réalisée sur mesure pour assurer un conditionnement optimum. Il n’y a pas eu d’intervention sur les zones délibérément masquées, ni sur les traces anciennes de dégradation provoquées par l’eau, les risques d’aggravation des détériorations étant supérieurs à d’hypothétiques améliorations de la lisibilité du texte. 

  

Publication en ligne en 2018

La numérisation et la publication en ligne du cartulaire s’accompagnent d’une double table de concordance pour en faciliter l’exploitation. D’une part, on trouvera une liste numérique des actes – concordance entre l’original du cartulaire et l’édition imprimée de 1877 – et, d’autre part, une liste chronologique des actes – concordance entre l’édition imprimée de 1877 et l’original du cartulaire. Dans les deux tables, les numéros de vues de la version numérique sont indiqués. L’acte le plus ancien date de 1107 (fondation de l’abbaye par Guillaume IX, duc d'Aquitaine), l’acte le plus récent de 1452 (état des défrichements faits depuis huit ans dans la forêt d'Orbestier). Entre les deux, se succèdent des ventes et des échanges, des quittances et des obligations, des baux à cens, des donations, des testaments, des jugements et des aveux… Les sujets ne manquent pas : l’exercice de la justice, le fonctionnement d’une seigneurie ecclésiastique, le temporel de l’abbaye, son emprise territoriale, les défrichements de la forêt d’Orbestier… 

  

Vos contributions

La réalisation des deux tables de concordance a permis de repérer des erreurs dans l’indication des numéros des pièces en 1877, et de les corriger. Sauf une : la transaction avec les héritiers d’Hugues Le Clerc, bourgeois de Marans, en juin 1271, n’est pas au n°323 du cartulaire (vue 253), comme indiqué en 1877 (transcription au n°70). A la place, on y trouve un reçu daté du 12 juillet 1284 de Marguerite de Lusignan, dame de la Chaize-le-Vicomte (transcrit au n°82 en 1877). A quel numéro du cartulaire pourrait-on lire l’acte de juin 1271 ? Vos propositions seront les bienvenues sur le L@boratoire des internautes

Consulter le cartulaire de l'abbaye Saint-Jean d'Orbestier 

  

[1]. Le cartulaire ne contient pas de pièce 101, la numération passe de 100 à 102. 

[2]. La pièce 254 se trouvait au feuillet 196 lequel a été déchiré. 

[3]. Quelques pièces ne sont aussi ni publiées, ni analysées. 

[4]. Page XV de l’avant-propos. 

Date de publication : 21 juin 2018

Retour en haut de page