1946 : l’heure est à la reconstruction !

Ecole normale d'instituteurs

Ecole normale d'instituteurs (La Roche-sur-Yon) bombardée en juillet 1944 (39 W 9) 

Le fonds des dommages de guerre (1939-1945) vient d’être classé et dispose désormais d’un inventaire en ligne. Source majeure de la Seconde Guerre mondiale et de l’immédiat après-guerre, il intéressera historiens, étudiants en histoire de l’architecture et de l’urbanisme, ou pourra faire écho à une histoire plus personnelle. Ce fonds, coté 39 W, contient en effet près de 7 000 dossiers qui représentent plus de cinquante mètres linéaires. 

  

Les dégâts causés par la Seconde Guerre mondiale couvrent tout le territoire national, ce qui n’avait pas été le cas après la guerre 14-18. Il faut reconstruire pour relancer l’économie et reloger la population sinistrée. Le 28 octobre 1946, une loi est promulguée pour permettre le remboursement des dommages de guerre. Elle proclame « l’égalité et la solidarité de tous les Français devant les charges de la guerre » et définit les règles d’indemnisation des personnes physiques ou morales qui s’estiment concernées. 

  

Cependant, de premières demandes de remboursement avaient été effectuées dès 1940, pour des dégradations commises pendant l’invasion allemande qui a précédée l’armistice, sur la base de la loi « relative aux biens immobiliers détruits avant le 25 juin 1940 » promulguée par l’État français le 11 octobre 1940. Un commissariat technique à la reconstruction immobilière avait alors été créé ; il fusionna en 1944 avec la délégation générale à l’équipement national pour former le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Avec la loi de 1946, chaque préfecture est dotée d’une délégation départementale chargée d’examiner les dossiers des « sinistrés » afin de procéder à leur dédommagement. 

  

Le fonds des dommages de guerre concerne des domaines très variés, comme ceux de l’industrie, du commerce, de l’artisanat et de l’agriculture. Il peut toucher également des sujets plus spécifiques comme les loisirs ou l’éducation. Des dossiers de dommages de guerre ont par exemple été constitués par des colonies de vacances (39 W 53), des sociétés de tir ou des sociétés d’éducation populaire. Les dossiers de dommages de guerre renseignent aussi sur les activités et les besoins de l’armée d’occupation, grâce à des témoignages, de la correspondance ou des inventaires de matériels. Les dossiers sont également illustrés de nombreux plans et photographies de bâtiments d’avant et d’après-guerre. Ces photographies immortalisent le passage de la guerre ; elles rappellent la violence des conflits. 

  

Colonie de vacances à Saint-Hilaire-de-Riez

Colonie de vacances à Saint-Hilaire-de-Riez, sur la plage des Demoiselles (photographie prise avant la guerre, 39 W 53) 

  

La guerre n’a pas épargné la Vendée. Sa situation géographique, tournée vers l’océan, lui accordait une importance stratégique. Au sein même de la zone « occupée » par les Allemands, toute la côte, sur une profondeur d’une vingtaine de kilomètres, constituait une « zone interdite » d’où les civils étaient facilement exclus. En bord de mer, les biens immobiliers ainsi réquisitionnés ont parfois été totalement dynamités pour l’édification du mur de l’Atlantique1. Ce fut le cas par exemple de ceux de Jeanne Thibaud, qui a vu son hôtel à Notre-Dame-des-Monts totalement détruit (39 W 76). Les bombardements alliés de juillet 1944 ont par ailleurs causé des dégâts très importants dans les terres. À La Roche-sur-Yon, l’École normale d’instituteurs (boulevard Louis Blanc), occupée par les Allemands, a été en partie détruite par ces bombardements ; sa reconstruction a bénéficié du « plan de priorité nationale » (39 W 9). La nature des dommages subis est très diverse : spoliations de biens, réquisitions, dommages causés par des opérations de déminage, détériorations, destructions par armes lourdes, etc. 

  

Le fonds des dommages de guerre est donc riche de petites histoires. Chacune d’elles est une pièce du puzzle qui dépeint la vie des civils durant l’Occupation. L’étude de ce fonds rappelle que la Seconde Guerre mondiale était une « guerre totale », caractérisée par le fait qu’elle a touché les populations civiles d’une manière généralisée. Elle révèle également l’histoire de l’immédiat après-guerre, celle de la reconstruction de la France, qui s’étend sur une vingtaine d’années. 

  

Consulter l'inventaire 

  

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1 Voir l'actualité  Les Sables-d’Olonne sous la botte allemande : comptes rendus de lecture sur l'Occupation et la reconstruction des Sables-d’Olonne. 

Date de publication : 05 juillet 2017

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