De toutes les paroisses, 20.000 lettres adressées à Monseigneur (1800/1821-1905)

Façade de l'évêché de Luçon jouxtant la cathédrale (carte postale, 89 Fi 128/57) 

Une fructueuse collaboration entre le Département de la Vendée, le diocèse de Luçon et la Société d’émulation de la Vendée permet aujourd’hui de faire paraître en ligne l’essentiel de la correspondance adressée par les paroisses à l’évêché, sur toute la période concordataire, soit près de 20.000 lettres et actes provenant des curés, mais aussi de particuliers et des maires. L’extraordinaire de cette opération est que les images sont accompagnées d’autant d’analyses établies par les archives diocésaines : la recherche est donc grandement facilitée puisqu’on peut interroger le texte de ces analyses qui renvoient aux images (32 708 vues). 

  

Le classement par commune favorise l’histoire locale, faite de mille anecdotes sur la vie courante, qu’il s’agisse d’affaires purement cléricales ou bien souvent d’intérêt plus large. Au début du XIXe siècle, on attend encore l’affectation de curés en maints endroits. Tout au long de la période, on cherchera à réparer ou bien souvent à reconstruire les églises. Rétablie par le concordat de 1801, l’Église paraît sortir miraculée de la Révolution qui s’était déchaînée contre elle, mais l’État veille désormais d’une main de fer sur elle. En fait, son affermissement sera rapide et ira croissant tout au long de la période : c’est une institution avec qui les pouvoirs publics doivent compter. Localement, de nombreux maires ont tendance à tenir les curés en lisière, et ils n’hésitent pas à se plaindre d’ingérence dans leur propre domaine (la réciproque est aussi fréquente). 

Portrait d'Isidore Fillaudeau, curé de Belleville. Dans une lettre datée d'octobre 1889, il dénonce l’attitude de l’institutrice laïque et les menées des opposants à l’Eglise ( AHD Luçon - SM 19/4, vues 9-11). 

Notable sans rival au village sous l’Ancien Régime, en dehors du seigneur du lieu qui a désormais perdu toute prérogative, le curé peut avoir tendance à vouloir restaurer une position qui n’est plus prévue de même nature, mais que l’adhésion de la population lui paraît légitimer. Dès les années 1830, la nomination des instituteurs et des institutrices devient un sujet parfois très délicat et le lieu de batailles homériques. C’est que bientôt la politique tend à troubler la vie locale, et bien des curés ont leurs idées, quand tel évêque pour le moins provocateur ne les y encourage pas lui-même (Mgr Baillès, 1845-1856). C’est de cette époque que datent les drapeaux tricolores qui demeurent toujours sur nombre de clochers, comme autant de gages de soumission à un régime politique alors plutôt réprouvé ! 

Enfin, plus généralement, la religion était acceptée au XIXe siècle comme le meilleur rempart de la morale et de l’ordre public. Un curé qui croit à ce rôle, veille donc aux bonnes mœurs jusque dans le détail des fêtes et des assemblées de la jeunesse, dénonçant ce qui est excessif à ses yeux, sanctionnant aussi les récalcitrants en réduisant pour eux le lustre de la liturgie. Plus grave encore pour lui, se pose la question des rapports vis-à-vis des non-catholiques, protestants ou dissidents de la Petite Église, auxquels les lois accordent à cette époque des droits qui heurtent les habitudes prises au temps où la société ne connaissait qu’une même confession. Ainsi la cohabitation dans les mêmes cimetières n’alla longtemps pas de soi. 

  

20.000 pièces d’archives et presque autant d’anecdotes nous ouvrent un monde devenu tout à fait étranger à nos yeux. Gardons-nous de nous y projeter sans bien en pénétrer le contexte. Souvenons-nous aussi que beaucoup des affaires rapportées à l’évêché ne l’ont été que parce qu’elles sortaient de l’ordinaire. Chaque fait n’est donc pas significatif au même titre, certains par leur banalité, d’autres au contraire par la rupture qu’ils représentent avec la norme.  

  

N’hésitez pas à utiliser les commentaires possibles en ligne (en cliquant dans la bulle violette en regard de chaque analyse) pour enrichir les analyses ou préciser les numéros de vues. Ce fonds résonne par ailleurs avec d’autres sources en ligne, la Semaine catholique (depuis 1878), les Mandements épiscopaux, ou pour la première décennie du XIXe siècle, la correspondance reçue des évêques, des maires et des prêtres par le préfet Merlet (voir les liens ci-dessous 1). 

Bon voyage dans la Vendée profonde du XIXe siècle ! 

Consulter la correspondance des paroisses avec l'évêché de Luçon 

   

Extrait du devis pour la reconstruction de l’église paroissiale de Chambretaud, 26 mars 1898 ( AHD Luçon - SM 48/6, vues 29-37

L'église de Chambretaud reconstruite en 1899 (carte postale, 1 Num 20 1/48). 

  

(1). Dossiers du fonds d’archives du préfet Merlet :  
  • 2 Num 110/32-1 - Lettres de Mgr de Lorry, évêque nommé pour La Rochelle, an X-an X
  • 2 Num 110/32-2- Lettres de Jean-François de Mandolx, évêque de La Rochelle, an XI-an XII
  • 2 Num 110/32-3 à 6 - Lettres de Laurent-Gabriel Paillou, grand vicaire puis évêque de La Rochelle, 1806-1809
  • 2 Num 110/32-7 à 15 - Correspondance reçue de différents prêtres, an X-1808
  • 2 Num 110/32-16 à 18 - Correspondance des Filles de la Sagesse et d’autres religieuses, an IX-1809
  • 2 Num 110/31-19 - Circonscriptions paroissiales, an XI-[1802]
  • 2 Num 110/31-20 - Zèle pour le retour du clergé, an IX-an XI
  • 2 Num 110/31-21 - Restauration des églises et financement du culte, an IX-an XII
  • 2 Num 110/31-22 - Conflits avec un prêtre, an XI-1803
  • 2 Num 110/31-23 - Maires ou municipalités hostiles, an IX-an XII 

Date de publication : 03 avril 2020

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