Les "Notes généalogiques" de Jean Maillaud

Contrat de mariage de François Mignot, originaire de La Ferté-Milon, venu s'établir marchand bâtier à Longèves : minute du 7 août 1630 (3 E 98/1) référencée dans les "Notes généalogiques" de Jean Maillaud ( 2 Num 521/776, vue 1)   

Les  Notes généalogiques de Jean Maillaud que les Archives départementales de la Vendée ont le privilège de publier in extenso sur leur site internet rejoignent, par leur ampleur et leur richesse, le  Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, conçu par plusieurs générations de la famille Beauchet-Filleau et récemment mis en ligne. Notre département jouit incontestablement de l’insigne chance de pouvoir désormais proposer aux internautes deux outils généalogiques et historiques tout à fait exceptionnels et que les spécialistes nomment, avec déférence et depuis bien longtemps, « le Beauchet-Filleau » et « le Maillaud ». 

  

Les travaux de Jean Maillaud débutent dès 1942, alors qu’il n’est âgé que de quinze ans. Ils lui ont permis de constituer les Notes généalogiques dont les 12.000 pages en vingt-trois tomes, parues entre 1979 et 2009, comprennent l'étude d'un millier de familles, le plus souvent sous forme de véritables monographies plutôt que de simples généalogies. Elles sont les fruits minutieux de 67 années de patientes recherches. Fidèle à la lettre autant qu’à l’esprit, Jean Maillaud n’hésite jamais à illustrer ses généalogies par des transcriptions partielles ou intégrales d’actes. Il est, en Vendée, le véritable pionnier de l’histoire des familles, quel que soit leur rang social, à une époque où pas un descendant de paysan ou d’artisan, voire de petit notable de hameau, n’ose établir sa généalogie, de crainte de ne rien y dénicher d’intéressant. Pour Jean Maillaud, au contraire, l’histoire de toute famille mérite d’être contée. Elle est faite de baptêmes, d’unions et de deuils certes, mais aussi d’événements qui ponctuent l’existence tels que l’engagement comme domestique, l’entrée dans une métairie, l’apprentissage ou le marché de construction d’un bâtiment, les conflits et réconciliations avec les cousins ou les voisins. Jean Maillaud fut conséquemment l’un des premiers à défricher ces documents notariés qu’un grand nombre de chercheurs négligeaient encore. 

C’est que, du XVIe au XVIIIe siècles, chacun s’est en effet rendu chez le tabellion instrumentant le plus près de son domicile, ou dont il se sentait le plus proche par des liens familiaux ou amicaux. Quel enseignement pour nous lorsque le notaire reçoit en cette qualité des déclarations sur tel usage, telle coutume, sur un événement qui s’est produit : autant d’attestations pour « faire valoir ce que de droit », à défaut de tout autre document. Quelle richesse lorsque, revêtant ses attributs de sergent royal, il rédige scrupuleusement les témoignages reçus, tel ce Jacques Journolleau qui, instrumentant à Saint-Hilaire-de-Voust, doit tant à Jean Maillaud, parce qu’il a publié, en annexe de la généalogie de sa dynastie et en quasi intégralité, les procès-verbaux de ses auditions ( famille Journolleau). 

Il est malaisé de choisir de présenter une famille étudiée par Jean Maillaud plutôt qu’une autre, lorsque les événements qui jalonnent le périple de leurs membres finissent par les singulariser toutes. Il a consacré un volume entier aux Clemenceau, ayant réussi, après tant de légendes, à démêler l’écheveau de leurs différentes dynasties qui peuplaient la plaine et le haut-bocage. L’avoir fait pour ces familles Robert qui essaimaient dans toutes les strates sociales de la capitale du Bas-Poitou, est en soi également un exploit. Citons aussi la descendance de ce François Mignot qui, originaire des environs de La Ferté-Milon, vient s’établir on ne sait trop pourquoi, au moment du siège de La Rochelle, marchand bâtier à Longèves ( famille Mignot et 3 E 98/1-4, 7 août 1630, illustration ci-dessus), ou encore celle des Coullay qui, encore intrigués aujourd’hui par l’apparente consonance anglo-saxonne de leur patronyme, s’imaginent une ascendance étrangère et sont pourtant tellement ancrés dans la glèbe poitevine qu’ils tiennent des métairies et borderies dans une centaine de localités lorsque survient la Révolution ( famille Coullay). 

Famille Morienne ou de Morienne : extrait des "Notes généalogiques" consacrées au fondateur de la dynastie, Macé (de) Morienne ( 2 Num 521/795, vue 9)  

On retiendra encore le cas des Morienne, qui s’élèvent certes au point d’être anoblis et de transmettre leur sang à d’illustres lignées, mais qui en oublient leurs origines fort modestes et tout bonnement fontenaisiennes, en prétendant être issus des comtes de Maurienne en Dauphiné. Ils font pour cela un détour par la Normandie, où ils ont appris l’existence d’une famille portant leur nom ( famille Morienne). Or, grâce à Jean Maillaud et aux actes notariés qu’il indique, l’histoire des Morienne nous paraît bien plus intéressante. Elle part du véritable fondateur de la dynastie, prénommé Macé, dont l’activité comme élu en l’élection de Fontenay et comme acquéreur de biens ruraux s’égrène au fil des pages. Elle se poursuit avec son fils Jacques qui, s’intitulant fièrement chevalier et seigneur d’Atrie, un domaine qui ne semble avoir existé que dans son esprit, réussit à accaparer tous les offices de receveur de la circonscription fiscale de Fontenay, et accessoirement une part inavouable des deniers qu’il est censé percevoir au nom du roi ; il prête à tous les partis pendant la Fronde, se fait édifier la curieuse forteresse de la Citardière de Mervent, tandis qu’à l’ouverture de sa succession, son gendre s’emporte violemment contre son fils (Jean Fèvre, 30 janvier 1673, 3 E 37/339, vues 13-48). 

Mais Jean Maillaud nous révèle que les actes les plus classiques ne sont pas pour autant dépourvus d’intérêt. Prenons l’exemple d’un contrat de mariage. C’est à la constitution d’une communauté d’intérêts que nous convie celui qui régit non seulement l’union d’un laboureur veuf à la veuve de son collègue et voisin (Jean Chabot et Jacquette Guillet), mais également les unions, aussitôt célébrées, des quatre enfants de l’homme avec les quatre de la femme ( famille Pain et 3 E 98/1-4, 30 janvier 1629). Nous sommes aussi amenés à lire attentivement les clauses d’un autre contrat de mariage par lequel Françoise Jamin, âgée de treize à quatorze ans, promet de s’unir à Louis Raison ( famille Jamin et 3 E 37/62, vues 108-111). Huit jours après la signature de l’acte, une partie des proches parents de la jeune fille obtient qu’elle soit « séquestrée » entre les mains de telle personne qu’ils aviseront, jusqu’à ce que soit terminé le procès intenté contre le jeune homme et ses complices, pour crime de rapt et clandestinité de prétendu mariage (Pierre Bonnet, 24 novembre 1637, 3 E 36/123, vues 260-261). 

Les minutiers des notaires constituent de très loin, en Vendée, le fonds d’archives le plus volumineux de tout l’Ancien Régime auquel il ouvre des perspectives extrêmement larges. Toutefois, bien souvent privés de répertoires, ces minutiers réunissent des actes enregistrés chronologiquement, donc sans rapport les uns avec les autres. Pour relier ces derniers entre eux et faire l’histoire qu’ils éclairent, il faut les avoir identifiés au préalable, ce qui n’est vraiment possible qu’après avoir entrepris des dépouillements systématiques, une tâche toujours considérable. La grande difficulté de lecture achève de donner au tout une impression de maquis impénétrable. Le premier travail de Jean Maillaud fut donc d’établir ces dépouillements chronologiques. En autorisant les Archives de la Vendée à s’en servir, il les a encouragées, il y a déjà deux décennies, à envisager la mise en ligne de tout le fonds d'Ancien Régime. 

On trouve en ligne une description, certes partielle, des actes antérieurs à 1805, dont la numérisation systématique est désormais largement engagée par les Archives départementales, ce qui s'inscrit bien dans la continuité de ce qu'a entrepris Jean Maillaud. Cependant, l'ampleur de ses histoires familiales, un bon millier en 23 volumes, qui s'appuient presque exclusivement sur les actes notariés, demeure sans équivalent. L'originalité de Jean Maillaud est de s'être appuyé sur des sources de première main, authentiques et au plus près de la vérité des faits, consultées par lui-même : un matériau brut, riche, peu exploité, très difficile à déchiffrer pour les XVIe et XVIIe siècles, la période qu'il a le plus amplement traitée. 

Philippe Jaunet 

Correspondant régulier de Jean Maillaud, Philippe Jaunet, comme lui, a fait le tour de tout le minutier d’Ancien Régime et il en prépare actuellement la mise en ligne avec les Archives de la Vendée. 

Consulter les "Notes généalogiques" de Jean Maillaud  

Date de publication : 25 juin 2020

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