1916 : Armand Mercier, fusillé pour l’exemple

Extrait de la fiche matricule d'Armand mercier (Arch. dép. Vendée, 1 R 614) 

Bien des soldats moururent sous les coups mal ajustés de leur propre artillerie. Mais exécutés par les leurs ? On sait pourtant que la justice militaire, ou même quelquefois l’encadrement militaire et sans plus de procédure, faisait passer par les armes ceux qui se refusaient à la guerre, comme ceux qui, bien souvent, n’en refusaient que des conditions paraissant insensées. Beaucoup furent amnistiés ou réhabilités après-guerre, tels les deux officiers, Henri Herduin et Pierre Millant, cités dans ce texte pour l’affaire du 9 juin 1916, lorsqu’ils avaient préféré faire retraite avec quelques survivants, plutôt qu’être prisonniers ou tous massacrés. Le temps passant, la mémoire des fusillés devint une cause pour dénoncer cette guerre, rompre en quelque sorte avec le consentement qui l’avait fait accepter. Cette cause s’est réveillée lors de la préparation de la commémoration du centenaire, à notre époque où la perception de la souffrance prime sur la valeur du sacrifice. 

  

Le cas d’Armand Mercier, qui fait l’objet de  l’article publié aujourd’hui, paraît à première vue anecdotique. L’homme, si peu militaire, n’a rien non plus d’un militant. Orphelin en bas âge d’un père qui aurait pu être son grand-père, il subit la rigueur d’une vie de « domestique cultivateur » sans disposer du ressort ou des qualités permettant de transfigurer son destin, voire d’en renverser les perspectives bornées. Rien ne dit qu’il fut vraiment un marginal, mais il illustre la figure des sans-défense marqués par la-faute-à-pas-de-chance. Déjà le service militaire avait révélé sa difficulté à respecter les usages et les contraintes d’une société où il était à peine intégré. Et pourtant, la guerre venue, il suit le mouvement qui s’impose à lui, durant près de deux ans – ce qui n’est pas rien – puis il s’octroie un congé de douze jours pour revoir sa mère, avant de revenir de lui-même au front. Les insurgés vendéens de 1793 en faisaient autant et expliquaient être allé changer de chemise ! Mais, quelle armée régulière supporterait pareille indiscipline ? Armand Mercier a été rapidement fusillé. 

  

Cent ans plus tard, un changement majeur renverse l’appréciation d’un tel comportement, sans doute moins antipatriotique ou antinational qu’asocial. Le service militaire obligatoire a en effet été aboli et l’Armée, désormais de métier, ne repose plus que sur l’engagement, un concept vraisemblablement très étranger à Armand Mercier. Autant la solidarité forcée de la mobilisation générale a longtemps rendu inintelligible un parcours tel que le sien, autant il paraît évident désormais que certains, plus que d’autres, ne sont vraiment pas faits pour être soldats. 

  

Ordre d’exécution (Ministère de la Défense, Mémoire des hommes, SHD/GR 11 J 914)  

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  1916 : Armand Mercier, fusillé pour l’exemple 

Date de publication : 15 février 2017

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