Je t’écris de la tranchée…

Joseph Mady (assis à gauche) et son frère Félix, soldats du 3e régiment d'infanterie coloniale (1 Num 384/20) 

Collecte 14-18 : nouveaux fonds mis en ligne

Dès les premiers jours du conflit, les couples, familles et amis sont séparés, et souvent pour la première fois. Ces séparations et éloignements durables sont à l’origine de l’échange quotidien de milliers de lettres et cartes postales entre le front et l’arrière. La correspondance est utilisée pour rassurer les proches, fournir des nouvelles détaillées, ou simplement pour donner un signe de vie ou en réclamer un, le plus régulièrement et fréquemment possible. C'est pour le soldat le lien unique qui le relie à sa vie d'avant et lui permet de se projeter dans un avenir meilleur. Mais il n’est pas toujours possible de partager les difficultés du quotidien, la peur et les espoirs car la censure guette, le soldat préfère alors les confier à l'intimité d'un carnet qu'il remplit consciencieusement. 

Les papiers de famille récemment prêtés aux Archives de la Vendée à l’occasion de l’opération nationale de Collecte 14-18 offrent de remarquables exemples de ces témoignages écrits. Les uns permettent une approche événementielle du conflit, les autres de s’imprégner des mentalités. 

En voici trois exemples désormais disponibles en ligne.

  

Les inventaires et catalogues  présentés précédemment viennent aussi d’être mis à jour :  pièces isolées et petits fondscartes postalesdessins, estampes et photographies isolés.

  

Poème, accompagné de fleurs séchées, rédigé par Eglantine Bardin à l’occasion de l’anniversaire de Joseph Mady en janvier 1916 (1 Num 384-13) 

Un couple de Vendéens à l’épreuve de la guerre 

Joseph Mady et Églantine Bardin, originaires pour lui de Saint-Michel-en-l’Herm et pour elle de L’Aiguillon-sur-Mer, sont très jeunes quand la guerre éclate - Églantine n’a que 16 ans - et ils ne se fréquentent que depuis quelques semaines quand Joseph part faire son service militaire en octobre 1913 ; il ne reviendra qu'à l'été 1919... Pourtant loin de les séparer, la guerre a renforcé leur amour. 

C'est à travers plus de 800 lettres échangées entre mai 1915 et août 1919 qu'ils ont appris à se connaître et qu'ils se sont dit leur amour. Joseph rassure sur son état de santé et écrit sa foi et son espoir de permission ; Églantine commente les travaux agricoles et domestiques, les faits-divers, la météo et parle des soldats du pays. D’une grande retenue - ils se vouvoient jusqu’à l’été 1917 -, la correspondance témoigne de leur rapprochement en profondeur et de leur maturité. Avec le temps, ils constatent que bien des relations se distendent gagnées par une lassitude qu’ils ont réussi à surmonter. Mais que la distribution du courrier vienne à être retardée, et c'est le moral précaire de Joseph qui se trouve menacé. 

Plus que les faits, cet ensemble de lettres permet d'approcher le moral des troupes combattantes. Comment les hommes tiennent-ils aussi longtemps dans des conditions insupportables ? Quel est le rôle joué par la foi et par les liens affectifs dans ce combat contre la peur et le découragement ? 

    

Extrait de la lettre du 8 novembre 1915 relatant la bataille du Vardar, près de Salonique (1 Num 395/6) 

La correspondance d’un soldat de l’Est de la France, des casernes de Belfort à Salonique 

La correspondance d’Henri Rhein n’est pas celle d’un Vendéen, mais d’un Belfortain que sa famille, résidant aujourd’hui dans l’Ouest, a prêté aux Archives de la Vendée. D’août 1914 à décembre 1918, Henri Rhein écrit à ses parents qui habitent dans le Territoire de Belfort, non loin de la frontière allemande ; notons que son grand-père avait quitté l’Alsace après 1870. 

189 lettres sont conservées ; elles sont d’abord envoyées, sur un ton patriotique, depuis Paris où Henri Rhein étudie (août-nov. 1914), puis depuis Belfort et Valdahon où, soldat de la classe 1915, il suit une courte formation militaire (déc. 1914-avril 1915). 

Incorporé au 371e RI, son baptême du feu a lieu près de chez lui, sur le front alsacien-vosgien, dans le terrible secteur du Vieil-Armand (Hartmannswillerkopf, mai-sept. 1915). Mais le commandement préférant envoyer loin des lignes allemandes les soldats originaires des régions frontalières, sa campagne militaire se poursuit en Orient, à Salonique, où il est engagé notamment dans la bataille du Vardar (nov. 1915). Blessé au pied, il est rapatrié en France en décembre 1916. Après une convalescence de trois mois, il exerce des fonctions d’instructeur auprès de soldats que les commissions de réforme ont récemment récupérés pour le service armé (mars-déc. 1917). Rappelé sur le front, il est affecté jusqu’à la fin de la guerre comme radio télégraphiste en Champagne. Cela fait bien longtemps qu’il a quitté le ton enthousiaste de ses premières lettres pour en adopter un autre beaucoup plus critique vis-à-vis des conditions de la vie militaire. 

  

Photographie d’Alfred Bonnaud (à gauche), Ovillers-la-Boisselle (Somme) février 1915 (1 Num 393/6) 

Les carnets d’Alfred Bonnaud, adjudant au 35e régiment d'artillerie de campagne (1914-1918) 

L'adjudant Alfred Bonnaud, né à Vix en 1877, rédige quant à lui son journal de guerre, le 35e régiment d'artillerie de campagne. Les deux cahiers présents dans le fonds ont été rédigés " en 1921 [d'après] des notes très sommaires, prises au jour le jour, quelquefois pendant le combat, et surtout [des] souvenirs ". Alfred y décrit avec rigueur les déplacements, les opérations militaires, les activités quotidiennes, les destructions, en ne s'autorisant qu'exceptionnellement à maudire " ceux qui portent la responsabilité de cette chose ignoble ", à déplorer l'inexpérience des chefs ou les incohérences de l'organisation. Son récit laisse aussi deviner la méfiance ressentie vis-à-vis des alliés américains et des soldats du Midi, qui semblent victimes d’une sombre légende.  

  

 
Rubrique : Mise en ligne

Date de publication : 07 mai 2014

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