Lettres de poilus

Carton du Conseil de révision portant le numéro 101 sous lequel a été inscrit Eugène Rabaud (liste 1914, canton de Moutiers-les-Mauxfaits)  

Durant la Grande guerre, beaucoup de poilus ont entretenu une correspondance avec leurs proches. Qu'elle soit massive ou ténue, elle constitue chaque fois un témoignage unique. Les tempéraments se révèlent au fil des lignes ; même les plus aguerris vacillent au fond des tranchées. C'est l'occasion pour le soldat de décrire son quotidien au combat, même à demi-mots, ses souffrances, ses craintes, ou sa condition de prisonnier. Le jeune homme comme le chargé de famille s'enquiert de la vie à l'arrière, tour à tour promesse de soutien et annonce de changement profond. 

C'est le parcours de combattants au destin parfois tragique que vous invitent à découvrir les Archives de la Vendée avec la publication de 6 nouveaux inventaires. 

A ce jour, grâce aux nombreux documents prêtés par les Vendéens lors de la Grande Collecte 14-18, plus 3 000 lettres de soldats, 500 photographies ou plaques de verre, 1 700 cartes postales illustrées et 16 carnets de guerre ont pu être mis en ligne. Mise en valeur et publications se poursuivent à un rythme que scandent nos actualités

  

A tout juste 20 ans, le baptême du feu d’Eugène Rabaud dans les Vosges (1915) 

« On a progressé du côté de Münster [Haut-Rhin]. Nous avons pris la cote 830, fait 1300 prisonniers et 15 officiers et une vingtaine de mitrailleuses. Nous avions 200 canons de tous calibres qui avait chacun 300 […] obus à tirer, alors vous pensez si ils ont pris quelque chose pour leur rhume. Je n'avais jamais vu pareille canonnade. Tout était en feu avec les villages qui brûlaient. Nous autres, l’on a eu que 1 seul blessé, vous parlez d’une chance ! ». Le soldat Eugène Rabaud, du 120e régiment d'infanterie, raconte ainsi son baptême du feu à ses parents, lors d’un combat dans les Vosges, le 16 juin 1915. Les milliers de jeunes mobilisés qui partent en guerre comme lui ne sont pas encore les poilus aguerris des tranchées. Originaire d’Angles, Eugène Rabaud correspond assidument avec ses parents et ses frères et sœurs (190 lettres), jusqu’à sa mort à Verdun, le 22 juin 1916. Au travers de ses lettres, il entend garder toute sa place au sein de sa famille, auprès de laquelle il trouve du réconfort et de la stabilité. 

Consulter la correspondance d’Eugène Rabaud (1914-1916) 

  

Alexandre Roux, la guerre d’un hussard 

Portrait d’Alexandre Roux 

« Les bains de mer ont-ils commencé ? » demande Alexandre Roux à son père, chef de gare aux Clouzeaux, alors qu’il est au front en mai 1915. Dans les 190 lettres adressées à ses parents d’août 1914 à novembre 1918, Alexandre Roux se renseigne sur la vie au pays et surtout décrit sa guerre : sa « vie de sauvage » comme il la nomme, son cafard qui est tenace, ainsi que ses faits d’armes. En 1913, il avait choisi la cavalerie en s’engageant volontairement au 7e régiment de hussards de Niort. Mais les hussards eux aussi n’échappent pas à la guerre de tranchées. La première montée aux tranchées d’Alexandre Roux a lieu dans la Somme en août 1915 et sera suivie de nombreuses autres (Pressy, Verdun, Chemin des Dames…). Puis en juin 1918, il est affecté au 325e régiment d’infanterie, la cavalerie ayant été réduite au profit de l’infanterie dont les besoins sont incessants. Comme fantassin, Alexandre Roux prend alors toute sa mesure de soldat en participant en Picardie aux grandes offensives de l’automne 1918. Mais à quel prix ? « En vérité, c’est un peu surhumain ce que l’on demande à l’homme », reconnaît-il le 21 septembre. Et de conclure, le 14 novembre, par cette formule désabusée : « Rien de nouveau en dehors du changement »

  Consulter la correspondance d’Alexandre Roux (1914-1919) 

  

Henri Giraudineau, le traumatisme de Verdun 

Originaire de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, Henri Giraudineau est mobilisé au 83e régiment d’artillerie lourde en août 1914. Il quitte « la fournaise de Verdun » le 8 juin 1916, sans y avoir été blessé, pour ne jamais revenir au front. Suivront des séjours dans les hôpitaux militaires de Lyon, Neuilly-sur-Marne et Nantes jusqu’à sa réforme temporaire en mars 1918, puis définitive en avril 1920 pour neurasthénie post-traumatique, apprend-on sur sa fiche matricule militaire. Dans les 86 cartes postales écrites à sa bien-aimée, Marie Jaunâtre, originaire de Legé, Henri Giraudineau se livre peu sur son état de santé, sans doute faute de mots pour l’exprimer. Mais sa correspondance témoigne aujourd’hui du traumatisme subi à Verdun en 1916 et de ses conséquences. 

Consulter la correspondance entre Henri Giraudineau et Marie Jaunâtre (1915-1918) 

   

Soldats français dans une tranchée, 1915 

Paul Curie, médecin, prisonnier de guerre et photographe amateur 

La Grande Guerre a été beaucoup photographiée, de manière « officielle », à des fins documentaires ou de renseignement militaire, et bien plus encore « au ras du sol », par ceux qui combattaient. Les 71 clichés pris par Paul Curie, médecin auxiliaire à la 14e division d’infanterie, au cours de la seconde bataille de Champagne (septembre 1915) et tirés sur épreuves, immortalisent les visages de ses camarades, la vie dans les tranchées et la violence des combats. Plus tard, dans sa correspondance à ses parents (86 lettres, mars 1917-février 1919), Paul témoignera de sa captivité en Allemagne, puis de sa mission en Russie dans la lutte contre les bolcheviks. 

Consulter la correspondance et les photographies de Pierre Paul Curie (1915-1919) 

  

Photographie de Clovis Martin avec un groupe de soldats 

Clovis Martin et Léon Guénon : deux générations de soldats dans la guerre 

Deux soldats de Maillezais, Clovis Martin, 40 ans, père de famille et fantassin, et Léon Guénon, 19 ans, artilleur, vont entretenir durant tout le conflit une correspondance sur cartes postales avec une femme restée au pays, Léonide Lucas (333 cartes postales). Léonide est l’épouse de Clovis et la marraine de Léon. Les écrits sont remarquables par l’intimité qui lie ces trois correspondants, mais aussi par leurs contenus si différents. Là où Clovis respecte scrupuleusement les ordres, obéissant aux directives de sa hiérarchie de ne rien dévoiler de la vie militaire, Léon n’hésite pas à raconter des aspects de la guerre et ses atrocités, confiant son quotidien, ses sentiments, ses peurs à Léonide. Cette dernière sera un soutien sans faille pour ces deux combattants qui reviendront vivants de la guerre ; deux générations marquées à jamais.  

Consulter la correspondance de Clovis Martin et Léon Guénon (1914-1918) 

  

  

Un monde rural bouleversé durablement par la guerre 

La correspondance d’Eugène Loiseau (273 lettres), père de deux enfants et métayer à Mouchamps, témoigne des répercussions économiques et sociales de la guerre, immédiates et sur le long terme, dans la campagne vendéenne. Dans ses lettres, Eugène s'inquiète de l'avancement des travaux de la ferme et de la surcharge de travail que provoque son absence. Transparaissent aussi les rapports complexes qu'il entretient avec « ses maîtres », la famille Le Roux, oscillant entre reconnaissance, quand le propriétaire use de ses relations pour lui venir en aide, et sentiment d’injustice, quand Eugène a l’impression que le fils de famille bénéficie de passe-droits. Eugène est aussi certain qu’après la guerre les rapports sociaux seront modifiés, mais il ne le verra pas… Cinq jours avant sa mort, le 19 mai 1916, il écrit : « Il [le propriétaire] me fatigue avec tous ses boniments. C’est toujours la même chose. Enfin, laissons-le causer à son aise aujourd'hui, plus tard il ne fera pas tout ce qu'il voudra car il y aura du changement ». 

Consulter la correspondance d’Eugène Loiseau (1914-1916) 

  

Pour les combattants vendéens, voir aussi les notices qui leur sont consacrées dans le Dictionnaire des Vendéens :

Date de publication : 03 décembre 2014

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