Les contributions collaboratives : une source d'ouverture et de dynamisme aux Archives ?

Le numérique bouleverse les pratiques professionnelles des archivistes et met leurs acquis en question, mais il ouvre aussi des perspectives immenses et favorise les nouveaux usages des archives. Dans ce nouvel environnement, comment s’adapter pour satisfaire les attentes du public ? C’est à cette question que les articles présentés dans la  rubrique consacrée aux métiers et aux pratiques des archives tentent de répondre. 

Depuis 20 ans, les Archives de la Vendée n’ont cessé d’innover en lançant des programmes originaux en matière de numérisation, de mise en ligne, d’analyses descriptives et de travaux collaboratifs. Ces travaux font aujourd’hui référence dans le paysage archivistique français. De ce fait, les Archives de la Vendée sont sollicitées régulièrement pour exposer leur pratique lors de rencontres professionnelles. La communication du 2 octobre 2015, présentée lors d’un colloque des Archives de France intitulé "Consommateurs ou acteurs ? Les publics en ligne des archives et des bibliothèques patrimoniales" en est un exemple. 

Un résumé en est donné ci-dessous. On se reportera à l’intégralité du texte de la communication derrière ce lien.

  

Aux Archives, la salle de lecture n'attire que des « chercheurs », au sens propre, quels que soient leur niveau de formation initiale et l'ambition de leur travail, qui peut n'être simplement que généalogique. Ce public manifeste une grande autonomie, profite pleinement des sites internet, où il s'est démultiplié de façon exponentielle, et travaille volontiers en réseau. 

   

Une expérience vendéenne

L'exemple donné par l'indexation nominative est assez singulier pour servir à aborder la plupart des perspectives créées par l'action collaborative. L'histoire commence en 2009 par un don : celui d'un outil de publication en ligne d'une base d’indexation de l'état civil, fabriqué par un particulier. Devenu «  Noms de Vendée », le logiciel a ouvert l'indexation nominative à tout type d'archives, bien au-delà de l'état civil seulement. 

Le succès des Noms de Vendée, qui sont passés de 700.000 données à 2,5 millions en cinq ans, tient au fait que son administration est pleinement collaborative. Une convention a été passée avec le donateur et trois autres particuliers pour leur reconnaître le droit de partager l'administration du logiciel avec le Département, auquel il appartient. Des liens constants entre les administrateurs et une réunion annuelle permettent de confirmer le partage des tâches, la politique d'indexation sur de nouvelles sources, ainsi que les évolutions techniques. 

L'expérience des Noms de Vendée a permis d’oser entreprendre en 2015 l’indexation collaborative des registres matricules militaires de la guerre de 1914, soit 313 registres matricules concernant une population de plus de 130.000 individus. La base sera ouverte en novembre. 

Outre la facilité et la rapidité de la mobilisation de collaborateurs pour cette opération, c’est la motivation exprimée par un certain nombre qui donne à penser : beaucoup évoquent tout simplement de la reconnaissance pour le travail déjà accompli aux Archives et pour l’usage qu’ils font de leur site internet depuis une douzaine d’années. 

  

Le travail collaboratif se répartit autour de projets de nature bien distincte. Ainsi une sorte de blog, le L@boratoire des internautes, permet au public de trouver des photos à identifier, mais aussi un certain nombre de questions à débattre jusqu’à ce que leur résolution permette d’enrichir une analyse documentaire, de rédiger une biographie ou une note historique. 

Les dictionnaires en ligne des Archives : le Dictionnaire toponymique, le Dictionnaire historique des communes comme le Dictionnaire biographique des Vendéens accueillent des notices accompagnées de champs d’indexation assez développés. L’élan collaboratif porte encore sur bien d’autres modes de mise en valeur des collections des archives, qui débordent rapidement le cadre des outils proposés en ligne. 

Deux leçons paraissent découler de cette expérience. D’une part c’est aussi au public de définir notre champ de compétences. Les propositions collaboratives incitent d’autre part à accueillir toutes sortes de travaux mettant des archives en valeur. Il s’agit de l’indexation nominative, de la description analytique, mais encore de la transcription de textes, de leur traduction, et de tout ce qui favorise les renvois aux pièces originales : notes historiques diverses, biographies, etc., autant de travaux qui mettent les archives en situation d’éditeur. Tous s’appuient sur des sources précisément référencées, faisant le plus souvent l’objet d’une entrée sur le site des Archives : il en résulte que toute cette production, à la périphérie des instruments de recherche classiques, crée en tout cas autant d’incitations à leur consultation. 

  

L’action collaborative : une option comme une autre ?

L’activité collaborative soutient la révolution des rapports des archives avec leur public : un grand public de chercheurs travaille en ligne et se répartit déjà en réseaux à la géographie complètement éclatée. L’activité collaborative renforce ces réseaux. Elle contribue aussi à la formation dont a besoin le public qui souhaite passer de la pratique généalogique primaire à l’étude locale, à la biographie ou à des monographies. Elle étend l’intérêt du public vers de plus vastes ressources. D’une manière générale, elle facilite la pénétration dans les archives, sur les sites internet comme en salle de lecture, où revient un public différent, plus ambitieux, bien plus connaisseur des ressources. 

L’action collaborative pourrait donc bien être plus qu’une option : une nécessité. C’est encore un gage de dynamisme pour un service d’archives, poussé par une pareille demande extérieure. Intégrer des activités collaboratives dans la marche normale d’un service, c’est aussi reconnaître que si le public des archives est résolument acteur et non consommateur, ce peut être au bénéfice de tous et par le biais de nos sites internet. Il convient néanmoins d’envisager des relations assez égalitaires avec des administrateurs collaboratifs dont la présence est nécessaire pour supporter la charge de travail. Leur compétence et leur engagement, mais aussi leur indépendance totale, puisqu’ils sont bénévoles, justifient qu’on partage avec eux les décisions qui modèlent la politique de l’activité collaborative. Celle-ci vient, là encore, bouleverser bien des habitudes. 

Thierry Heckmann 

  Consulter la rubrique consacrée aux métiers et aux pratiques des archives 

Date de publication : 05 novembre 2015

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