Silences et révélations des archives seigneuriales, le cas d'une double baronnie italienne en Vendée, Les Essarts et Rié, XVIe - XVIIe siècles

Port de Croix-de-Vie (Arch. dép. Vendée, 2 Fi 8-3) 

En 1622, pour la dernière fois dans l'histoire de la monarchie française, un roi prenait le risque de participer lui-même à une bataille. C'était sur "l'île de Rié", trois paroisses bordées par la mer et des marais, où s'était réfugié Soubise, la pensant inexpugnable. Mais en franchissant la Besse à marée basse, Louis XIII vint le surprendre en personne, se condamnant cependant à la victoire car la remontée de l'eau lui interdisait toute fuite. Cet épisode frappa tant les contemporains qu'il révéla la personnalité du jeune roi et qu'il eut un large retentissement dans les arts. Il n'en reste toutefois aucune allusion dans les archives de la baronnie. Ravages et désordres furent alors tels que l'on constate plutôt un trou dans la documentation, dès la fin du XVIe siècle, alors même qu'en créant le port de Croix-de-Vie autour de la construction d'un quai, Marie de Beaucaire, baronne de Rié, y avait engagé l'une des entreprises les plus novatrices de toute la côte du Poitou. 

Le château de Notre-Dame-de-Riez disparut dans les terribles combats de 1622, mais ses archives point, comme le révèle un inventaire détaillé de 1674… Pertes et laconisme des archives sont donc vraisemblablement plus le résultat des difficultés de l'administration en période de misère ou de troubles, que de la guerre elle-même, parce qu'il reste tout de même des archives et qu'elles demeurent conservées à Turin, surprise qui ne relève pourtant d'aucun hasard. 

Au cours du XVIIe siècle, les Essarts et Rié, longtemps associés au patrimoine des comtes de Penthièvre, sont en effet passés, au gré des dots et des successions, dans la maison de Vendôme puis dans celle de Nemours, enfin dans celle de Savoie. En 1716, le duc de Savoie, roi de Sicile, plus intéressé à renforcer son patrimoine en Italie qu'à conserver un héritage dispersé en France, s'en défit tout en conservant les quelques dossiers désormais mis en ligne sur le site des Archives de la Vendée

Autographe de Marie de Beaucaire, 1595 (Arch. dép. Vendée, 1 Num 231/56) 

À défaut de révélations sur Louis XIII en Rié, ce fonds d'archives illustre le cas du fonctionnement particulier de seigneuries gérées de très loin, par le conseil de princes dont elles ne constituaient qu'une faible partie de leur patrimoine. Il ne semble pas qu'aucune décision ait jamais été prise de Turin, mais on veillait à la dépense à Paris. Les travaux à entreprendre au quai de Croix-de-Vie y sont supervisés de près. À chaque terme d'un bail, le compte du fermier général est épluché article par article, et on lui refuse toute déduction ne s'appuyant pas sur une quittance ou paraissant tout simplement indue. En 1686 par exemple, les frais d'habillement et la pension versée par le fermier pour subvenir à l'entretien de deux enfants bâtards au château des Essarts, ne sont pas acceptés. Qui sont-ils ? Comment en était-on venu à les accueillir là ? Le mystère demeure. Plus généralement ces archives dévoilent la vie ordinaire de ces seigneuries : on recense les tenanciers, on surveille les bois des Essarts, on entretient les moulins de Sainte-Cécile, on juge et fait exécuter parfois un criminel. La misère des gens est perçue avec acuité par des documents fiscaux, comptables ou judiciaires. Les naufrages sur la côte de Rié sont une occasion de récupérer marchandises et bois de navire que les habitants ne négligent jamais, outrepassant volontiers leur droit de "sauvage" (sauvetage). Aux Essarts, la disette de blé est telle, en 1682, que tous les sous-fermiers réunissent leurs plaintes dans l'espoir d'un allègement de leurs obligations. 

Mention du droit de sauvage (sauvetage), 1595 (Arch. dép. Vendée, 1 Num 231/56) 

La misère du temps paraît accrue par l'incurie d'une gestion assurée de trop loin. L'évaluation des biens et des revenus des baronnies, établie en 1715 préalablement à leur cession, est sans appel. En un demi-siècle, on ne semble s'être déplacé qu'une seule fois depuis Paris pour prendre la mesure de la vie locale. Les fermiers généraux ont fait baisser régulièrement le revenu des baronnies, qu'ils devaient pressurer par ailleurs sans assurer correctement l'entretien qui leur incombait. Le château des Essarts était en mauvais état et la population amoindrie de près d'un tiers, découragée par une fiscalité défavorable. 

Extrait du cens de la halle de Rié, 1674 (Arch. dép. Vendée, 1 Num 231/53) 

Les archives anciennes ne sont souvent que le reliquat d'ensembles bien plus vastes. Le hasard de leur conservation comprend, dans le cas des Essarts et de Rié, la surprise d'une localisation italienne. Leur publication en ligne répare les inconvénients d'une pareille dispersion. Aux historiens de savoir prendre la mesure relative de ces documents pour scruter la vie quotidienne et l'histoire du Grand Siècle en Rié et aux Essarts. 

   

Consulter les Archives des baronnies des Essarts et de Rié - fonds conservé aux Archivio di Stato di Torino 

Date de publication : 14 octobre 2015

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