La restauration, épisode 1

Galeries dans un feuillet imprimé, creusées par des vrillettes, insectes surtout nuisibles au stade larvaire (Bib Res 41 : Andreae Tiraquelli... commentariorum de utroque retractu, et municipali, et conuentionali, 1549) 

Le papier dans tous ses états

Le papier reste jusqu’à nos jours le support principal des archives, et l’une des missions fondamentales de l’archiviste est d’assurer sa conservation. Cela passe d’abord par des conditions environnementales optimales. Ainsi les archives sont-elles conservées dans des salles au climat stable, la température est maintenue autour de 18° et le taux d’hygrométrie autour de 55 %. On parle alors de conservation préventive. Ces mesures sont indispensables pour assurer la meilleure conservation possible des archives, mais parfois cela s’avère insuffisant. 

En effet lorsqu’un document est dégradé, une intervention directe sur celui-ci est envisagée. La restauration commence alors, on parle aussi de conservation curative. 

Pour comprendre ses tenants et aboutissants qui allient tradition et modernité, plusieurs épisodes vont se succéder. Ils seront illustrés, à chaque fois, d’exemples choisis parmi les fonds des Archives de la Vendée que les travaux de restauration aient lieu en interne ou par prestation de service. Les Archives départementales disposent en effet d’un atelier où travaille un agent spécialement formé aux techniques de restauration. Des ateliers privés sont aussi sollicités lorsque des traitements très spécifiques sont à mettre en œuvre. 

Le premier épisode est consacré au temps d’avant la restauration, c’est-à-dire à l’état du papier avant toute intervention. 

A quoi ressemble un papier avant sa restauration ? 

Vous l’aurez deviné, il est en mauvais état, sinon inutile d’entreprendre une restauration. Mais son aspect varie en fonction des facteurs de dégradation dont les origines sont naturelles, accidentelles ou humaines : exposition à la lumière naturelle ou artificielle, pollution atmosphérique, changement brutal de température, augmentation du taux d’humidité, développement de micro-organismes (bactéries, champignons ou moisissures), intrusion de rongeurs ou d’insectes (souris, poissons d’argent, vrillettes..), catastrophes (incendies, inondations, tempêtes), mauvaise manipulation, conditionnement inadapté... 

Si les causes des détériorations sont relativement faciles à déterminer, en revanche il est très difficile de savoir quand elles ont eu lieu. En effet comment retracer l’historique des conditions de conservation d’archives qui ont plusieurs centaines d’années ? Des éléments de réponse sont parfois connus quand il s’agit d’un sinistre. Ainsi sait-on qu’une étude notariale de Fontenay a brûlé en 1941 ou 1942, causant de graves dommages aux minutes qu’elle conservait depuis le XVIe siècle. Les actes de Paul Train, dont un exemple est donné ci-dessous, en faisaient notamment partie. 

Plutôt que de longues descriptions, voici en images un panel de dommages possibles photographiés avant les opérations de restauration : 

Bords des feuilles déformés avec des coins retournés (1 Q 143 : biens nationaux, an VI) 

Déchirures sur les bords (H 41 : abbaye Notre-Dame de Boisgrolland) 

Dégâts causés par des rongeurs dont les marques de dent sont visibles (3 E 4/1 : minutes notariales de Me Duval, La Chaize-le-Vicomte, 1691-1710) 

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

Traces de moisissure (D 64 : collège des jésuites de Fontenay-le-Comte, XVIIIe s.) 

Papier endommagé par un incendie (3 E 36/279 : minutes notariales de Me Paul Train, Fontenay-le-Comte, 1631) 

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

Des cas extrêmes : papiers agglomérés par l’humidité et le développement de champignons (3 E 59/7 : minutes notariales de Me Balquet, Saint-Hilaire-de- Voust, XVIIIe s.) 

Manipuler des archives comme celles-ci constitue un risque de perte supplémentaire d’informations. Les déchirures et lacunes s’agrandiront, les papiers déjà très fragilisés par des champignons s’effriteront. La restauration est une des solutions possibles pour préserver ces archives et les rendre à nouveau communicables par le public, autrement dit pour pouvoir les lire. 

Le prochain épisode exposera la déontologie de la restauration. 

Date de publication : 30 juillet 2014

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