La trêve de Noël 1914

Carte postale (1 Num 1/209-64) 

Le 28 décembre 1914, Marcel Bourguignon, 9 ans, partage avec son père mobilisé ses joies d’enfant ( vues 1-2) : « Noël m’a apporté une panoplie de capitaine d’état major. J’ai un beau képi avec trois beaux galons, des aiguillettes, une paire d’épaulettes, un beau sabre, et un revolver à amorces. Je te montrerai tout ça quand on sera rentré à Soissons. » La Première Guerre mondiale est une guerre totale qui n’épargne personne, pas même les enfants. En septembre, Marcel a dû fuir Soissons (Aisne) pour se réfugier à Paris avec sa mère et sa sœur. Dans sa lettre, il témoigne de cette mobilisation morale des plus jeunes. Il a une vision héroïque de la guerre, incarnée par son père, à qui il veut ressembler. Comme un million d'autres enfants, il sera brutalement plongé dans la violence du conflit par la mort de son père, le capitaine Bourguignon, tombé dans la Marne le 6 avril 1917, à 37 ans. 

  

Au front, en 1914, Noël c’est aussi parfois un réveillon passé loin de son foyer, l’espoir, l’absurdité des corvées et les fraternisations. C’est l’ambiance de cette nuit si particulière que les Archives départementales de la Vendée vous invitent à découvrir par des témoignages recueillis lors de la Grande Collecte 14-18. 

  

  

Conscient de l’enlisement du conflit, l’adjudant chef Alfred Bonnaud (né à Vix en 1877) n’a pas le cœur à la fête en ce jour de Noël 1914, malgré les efforts du commandement pour améliorer l’ordinaire. Il se trouve alors dans la Somme avec le 35e régiment d’artillerie. Amer, il écrit dans son journal (vue 20) : « Cette nuit nous avons fait réveillon. Nous avons fait semblant d’être gais. Tous nous pensions à ceux qui au pays ne feront pas de réveillon ou qui se donneront l’illusion de la gaîté comme nous. Au départ nous devions être libres, nous devions revenir faire Noël en famille. Au train où vont les choses il n’est pas possible d’entrevoir la fin de la guerre. Espérons cependant que le prochain Noël sera fêté en famille, plus gaiement que celui-là. Le ravitaillement a été amélioré en l’honneur de Noël : charcuterie, gâteaux, oranges, champagne. Comme la journée d’hier avait été mouvementée, la nuit est passée en surveillance et en réveillon ». 

  

Messe célébrée au front (1Num1/211-57) 

Les conditions de vie, dans des tranchées encore primitives, sont devenues très éprouvantes, avec le froid de l’hiver et la pluie qui inonde le moindre point bas. Frigorifié au fond d’une tranchée, Vincent Touzeau, né à Falleron en 1889, observe les réjouissances des ennemis. Il les décrira dans ses mémoires (2e cahier, vue 11) : « Je passai la nuit de Noël 1914 en tranchée. Le matin je pus, comme on descendait en soutien, assister à la Sainte Messe et faire ma fête, le tout dans la cave d’une maison à Moussy [Marne]. La nuit de Noël me parut longue en cette tranchée froide. Pourtant, ma pensée demeurait joyeuse en ce décor triste, songeant à la venue du Messie parmi nous. […] Tandis que nous montions la garde, toujours aux aguets, nous pûmes entendre les cris, les chants peut-être, et voir les grands feux que firent les Allemands en cette Sainte-Nuit, à peut-être 400 ou 500 mètres devant nous. Ils n’avaient pas l’air de s’en faire un brin. Ils chantèrent, crièrent pendant 2 heures. On put supposer qu’ils fêtaient copieusement Noël, en se basant sur le bruit qu’ils faisaient. Nous eûmes, nous autres aussi, un ordinaire bien amélioré ce jour-là ainsi qu’au 1er de l’an : jambon, oranges, champagne, amandes furent les bienvenues parmi nous. On espérait déjà à cette date que ce serait le dernier hiver de guerre. Quelle simplicité… ». 

  

Un soldat français dessiné par Sem [1918] (1Num1/195) 

C'est dans cette atmosphère qu’eurent lieu des fraternisations à la Noël 1914. Pierre Roblin, musicien brancardier au 137e régiment d'infanterie, né à Saint-Florent-des-Bois en 1891, en témoigne dans son carnet (vue 7) : « 25 [décembre], nous sortons chercher des morts. Moi, mon escouade, nous partons à Colincamps [Somme] pour le service du major. Nous passons le soir de Noël dans une pauvre grange accompagnés de 2 ou 3 veaux plein de dartres. Le lendemain nous apprenons que les Boches et les Français fraternisent ensemble, échangent des journaux et des cigares. Les morts de l’attaque qui sont restés sur le terrain sont enlevés et enterrés en compagnie des Boches ». Quatre autres Noëls seront encore célébrés avant le retour de la paix. 

  

Pour en savoir plus sur le parcours de ces personnages, consulter : 

Date de publication : 24 décembre 2014

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