3. « L’âge d’or » de la presse vendéenne

L’ « âge d’or » de la presse, période allant de la Belle Époque à la Seconde Guerre mondiale, est favorisé par l’amélioration de l’alphabétisation, la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse et les progrès techniques. 

  

Cela se traduit par une multiplication des journaux de sensibilités marquées et variées (La Vendée (1881), L’Etoile de la Vendée (1886), La Vendée républicaine (1886)) et l’arrivée d’une presse saisonnière (La Plage des Sables-d'Olonne (1876), La Gazette des Sables-d’Olonne (1894), Le Remblai (1897), Le Pilote des côtes vendéennes (1910), L’Écho de la plage (1933)). 

  

Ces nouveaux titres rendent compte des événements locaux, mais aussi des grands événements nationaux. Leur forme évolue : les premières photographies apparaissent dans les années 1910 (L’Etoile de la Vendée (1911)), de nouvelles rubriques apparaissent et se développent (faits divers, sport, etc.), les titres prennent une place majeure. On notera la virulence des propos tenus, en politique notamment, qui en font des organes de combat. 

  

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Editorial inaugural du journal conservateur La Vendée, première journal local à afficher aussi clairement sa ligne politique : « Le journal "La Vendée" […] est un organe de conservation sociale. Son but est de concourir à la défense de la civilisation, menacée par les efforts incohérents et passionnés d'une secte radicale ardente à désorganiser, mais manifestement dépourvue de principes et de programme. [...] Nous combattrons résolument toute atteinte à la liberté du père de famille, tout outrage à la religion, toute usurpation du pouvoir dans le domaine sacré de la Justice, tout affaiblissement de l'armée […] : c'est assez dire que nous ne sommes pas républicains. [...] Avec le concours, Dieu aidant, nous prouverons que la Vendée a gardé son courage et son patriotisme, et qu'elle restera le rempart inébranlable de la foi, de l'ordre et de la liberté. » Editorial inaugural du journal La Vendée républicaine : « Pour faciliter à chaque citoyen l'accomplissement de ce travail patriotique, il nous a semblé que l'exposition des questions politiques et sociales à l'ordre du jour, faite par un journal à bon marché, susceptible de pénétrer dans les campagnes du département pourrait être de quelque utilité. Notre origine, la voilà. Quant à notre ligne politique, elle sera républicaine. » En 1895, L’Etoile de la Vendée, qui arbore depuis deux ans le sous-titre "Le Franc maçon... Voilà l'ennemi !", y accole deux citations antimaçonniques, l'une du cardinal Richard, l'autre du pape Léon XIII.
La Vendée, 5 juin 1881, n°1, vue 1 La Vendée républicaine, 3 oct. 1886, n°1, vue 1 L’Etoile de la Vendée, 10 octobre 1895, n°933, vue 313

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Récit de la décapitation de Barbier, dernier condamné à mort exécuté en place publique dans le département. Exemple d'un des nombreux journaux éphémères parus dans les stations balnéaires du littoral à la Belle Epoque. Ils ouvrent leurs pages à la liste des estivants et aux encarts publicitaires. Ils sont parfois portés par une seule personne comme ici. L’une des premières « Une » illustrée de photographies
La Vendée, 27 sept. 1882, n°112, vue 426 Le Pilote des côtes vendéennes, 7 août 1910, n°1, vue 1 L’Etoile de la Vendée, 21 déc. 1924, n°4429, vue 187

  

La Première Guerre mondiale freine momentanément la production de presse. Tous les journaux sont confrontés à des difficultés : disparition des ressources publicitaires, pénurie de papier, ouvriers partis au front, censure… 

  

Par la suite, l’équilibre né au début du XXe siècle est pulvérisé par l’Occupation. Rares sont les journaux qui, comme La Parole républicaine, préfèrent se saborder plutôt que de paraître dans un territoire occupé, ou les journalistes qui, comme Émile Marsac rédacteur en chef de La Vendée, choisissent de se retirer. La sanction sera terrible : la quasi-totalité des titres de 1939 seront interdits en 1944. D’autres doivent céder face aux difficultés d’approvisionnement (Le Réveil populaire). 

  

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Face aux exigences toujours accrues des services allemands de propagande, Constantin Bouron interrompt la parution de La parole républicaine le 6 septembre 1941, pour « raisons de santé ». En 1942, il entre dans la Résistance, est arrêté le 12 août 1943 et déporté à Buchenwald, où il meurt le 31 mars 1944. Quelques semaines plus tard, Émile Marsac annonce qu’il se retire de la direction de La Vendée « en raison de [son] état de santé ». Il entrera dans la Résistance et sera membre du comité local de Libération de Fontenay. Les journaux qui continuent à publier, diffusent l’idéologie de l’occupant, ainsi La Vendée écrit : « Partout et toujours, les Juifs ont réussi mieux que quiconque à inspirer la pitié la moins justifiée ».
La Parole républicaine, 6 sept. 1941, n°966, vue 33 « A mes amis… », La Vendée, 16 nov. 1941, n°46, vue 139/148 « Une obscure clarté… », La Vendée, n°33, 16 août 1942, vue 65/91

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Afin de contrôler l’information, l’occupant transmet quotidiennement des communiqués officiels qui donnent la version autorisée des opérations. Ce sont ces informations qui sont reprises et diffusées par les médias. Autorisé à poursuivre son activité par les autorités d'occupation, Le Réveil populaire disparaît pendant l'Occupation, le 13 juin 1942 (n° 1820) : " Des instructions très sévères sur la consommation du papier nous obligent à suspendre momentanément notre journal. " Le diocèse qui tenait La Voix de la Vendée, décide discrètement de prendre ses distances avec un titre qui ne peut paraître sans le compromettre. L’abbé Plessis en quitte la direction, confiée à un laïc, Louis Chaigne. 
L’Echo de la Vendée, 6 sept. 1941, n°36, vue 1 Le Réveil populaire, 13 juin 1942, n°1820, vue 45/46 La Voix de la Vendée, 5 oct. 1941, n°40, vue 141/174

   

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Profondément remodelée après la Seconde Guerre mondiale, la presse locale connaît une embellie durant la croissance des Trente Glorieuses, avant de plonger dans une crise structurelle aggravée par une crise de confiance et l’apparition de nouveaux médias. Depuis le 1er juillet 2008 ne subsiste plus qu’un titre d’envergure départementale, Ouest-France, dont les pages locales offrent une déclinaison vendéenne à ce journal qui s’étend de la Vendée au Calvados. 

  

Septembre 2019 

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