3. Prophéties, rumeurs et propagande

« “Taisez-vous les oreilles ennemies vous écoutent”, a-t-on conseillé aux bavards. On aurait dû ajouter “Méfiez-vous des légendes” qui courent les rues et que ramassent trop facilement certains journaux : les propager c'est servir inconsciemment la cause de nos ennemis. », conclut Georges Rocher, l’éditorialiste de La Vendée républicaine le 27 novembre 1915, dans un article intitulé «  Les légendes de la guerre ». 

  

Une année de conflit lui donne un certain recul sur la guerre de l’information qui a envahi l’espace médiatique, ce qui n’était pas le cas dans les premiers jours de la guerre. Dès l’été 1914 [1], la censure touche toute l’information, et la presse commence à diffuser mensonges cocardiers et optimisme trompeur. Confortés par les angoisses individuelles et les psychoses collectives – et en dépit des menaces judiciaires [2] – bobards, prophéties et bourrage de crâne s'emparent de l’opinion. 

  

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Des articles intitulés « Prophéties » et « Présages » apparaissent dans La Vendée. Ils narrent les prédictions de prétendus experts (souvent des religieux, des écrivains…) L’affaire du bouillon Kub : Lancé par l’Action française, ce scandale prétend que les panneaux publicitaires vantant les mérites du célèbre bouillon signalent en fait des points stratégiques. L'ordre est donné de détruire les affiches des marque Kub, Maggi, Oxo et autres marques étrangères. À Paris, les entrepôts Maggi sont pris d'assaut par la foule. L'émotion passée, la marque devient la cible de railleries.
La Vendée, 14 août 1914, n°12, vues 52-53/ 606 La Vendée, 5 août 1914, n°2, p. 3, vue 13/606 La Vendée républicaine, 19 septembre 1914, n°1587, p. 3, vue 155/212

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"L’espionite" et la méfiance gagnent les colonnes des journaux comme en témoignent les récits d’arrestations musclées et les papiers diffamatoires. Dès le 2 août, l’état de siège est décrété, ce qui suspend la liberté de la presse acquise en 1881. Le lendemain, le ministère de la Guerre crée le bureau de la censure qui a pour mission d’organiser le contrôle de l’information. Les « blancs » ou « caviardages » dans les colonnes des journaux sont le signe visible de la censure. La désinformation concernant le front est importante. Ainsi alors même que la Belgique tombe aux mains des Allemands le 10 août 1914, la presse locale écrit le 16 août : « Les forts belges ne sont pas prêts de se rendre » ou encore « Succès belge dans la région de Hesselt ». Les défaites de l’armée française sont soit cachées, soit très peu renseignées et annoncées discrètement en bas de page.

La Vendée républicaine, 25 juillet 1914, n°1579, p. 1, vue 121/212 

Journal des Sables, 19 juillet 1914, n°29, p. 1, vue 137/158 

La Vendée, 13 nov. 1914, n°102, p. 2, vue 412/606

Échec français à Xurs, La Vendée, 14 août 1914, n°12, page 2, vue 52/606 

La Vendée, 16 août 1914, n°13 page 2, vue 56/606 

23 et 24. 

   

   

  

25 et 26.   

  

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Une propagande grossière dénonce l’ennemi en le peignant sous les aspects les plus noirs et en l’accusant d’être un criminel, assouvissant ses instincts les plus bas sur une population civile désarmée et désemparée. Le mot Kultur devient synonyme de barbarie. Cela génère dans la population une haine du « Boche ». La presse publie des lettres de poilus, dont on ne peut vérifier la véracité. Dans tous les cas celles-ci se veulent apaisantes pour des familles qui vivent dans l’attente. La presse propage aussi des récits héroïques mettant en scène des enfants ou des femmes dont le comportement est proposé comme modèle de patriotisme, de dévouement et d’abnégation. Ainsi Mme de Castelnau, quand elle devina à l’émotion du curé à l’annonce imminente de la mort d’un de ses trois fils ou de son mari, dit courageusement : « Lequel ? ».

La Vendée, 16 août 1914, n°13, page 2, vue 56/606 

« Kultur », La Vendée, 18 août 1914, n°15, page 1, vue 63/606 

Lettres des soldats, La Vendée, 23 août 1914, n°20, p. 2, vue 84/606 

Lettre d’un soldat Vendéen, La Vendée, 6 septembre 1914, n°34, p. 3, vue 141/606  

Une mère héroïque, La Vendée, 3 septembre 1914, n°31, p. 3, vue 129/606

  

La guerre qui commence en 1914 engendre dès son déclenchement un ensemble de légendes qui lui sont propres. Dès la fin de l’été et le début de l’automne 1914, les principaux mythes sont établis (départ la "fleur au fusil", images eschatologiques, histoires édifiantes, innocence des Français contre brutalité de l'ennemi...) : on tentait ainsi de glorifier l’héroïsme individuel au moment où l’artillerie le mettait en pièces, comme elle déchiquetait des centaines de milliers de soldats. 

  

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[1] Arch. dép. Vendée, 1 J 1830 : Dépêches particulières Croix-de-vie, Agence Havas, 5 août 1914, informant de l’ordre de destruction des affiches Kub. 

[2]  Avis, La Vendée, 6 août 1914, n°4, page 3, vue 21/606 

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