Le sculpteur et son oeuvre

Le choix du sculpteur 
François Sicard entre la maquette en plâtre et le bloc principal, dans l'atelier de Sainte-Hermine, 6 mai 1920 (83 Fi 3/1)

Vue 7 : François Sicard entre la maquette en plâtre et le bloc principal, mai 1920 (83 Fi 3/1). 

Quatre artistes avaient proposé leur concours pour réaliser le mémorial : Arthur Guéniot, E. J. Carlier, Pierre Laurent et Georges Bareau. Un moment, il fut même question de lancer un concours, mais l’idée fut rejetée. Là encore, on s’en remit à l’avis de Clemenceau. Il proposa François Sicard (1862-1934, vue 7), grand prix de Rome ; ce sculpteur avait déjà réalisé son buste durant l’hiver 1916-1917, et le modèle avait été satisfait de son travail et de sa ressemblance, contrairement à celui fait par Rodin. Lors des séances de pose, les deux hommes s’étaient liés d’amitié. Clemenceau disait que, pour bien saisir une œuvre artistique, il fallait que l’artiste connaisse, sente et comprenne son modèle. 

Le monument aux morts de Sainte-Hermine, par François Sicard, 20 février 1922 (4 TT 53/43)

Vue 8 : le monument aux morts de Sainte-Hermine, par F. Sicard, 1922 (4 TT 53/43).  

En plus du buste sculpté pendant la guerre et du monument de Sainte-Hermine, François Sicard réalisera des médailles à l'effigie de Clemenceau, ainsi que deux autres œuvres qui contribueront à figer le grand homme dans la mémoire collective : la stèle représentant Minerve pour sa tombe à Mouchamps, et son masque mortuaire. Le sculpteur est également l'auteur d'un autre monument situé à Sainte-Hermine : celui en hommage aux morts pour la France pendant la guerre de 1914-1918 (vue 8). On peut imaginer que les liens tissés au cours de la réalisation de la statue de Clemenceau influencèrent le choix de la municipalité... 

  

Le sujet de l'oeuvre

Clemenceau était hostile à une représentation allégorique. Il ne voulait pas non plus d’une statue de lui dans une pause avantageuse ; par contre, il accepta l’idée d’un mémorial aux poilus et plus particulièrement à ceux de Vendée

Le monument Clemenceau, novembre 1920 (83 Fi 2/6)

Vue 10 : le monument Clemenceau, nov. 1920 (83 Fi 2/6). 

Clemenceau sur le front (1Num25/3)

Vue 9 : Clemenceau sur le front (1 Num 25/3, vue 6). 

Le statuaire partit d’une image forte, celle inspirée d’une phrase du vieux lutteur patriote : « Je fais la guerre ! » et d’une autre de ses citations s’appliquant plus particulièrement à sa future réalisation : « Ce n’est pas moi qui suis intéressant, ce sont les poilus, car ce sont les vrais artisans, les vrais héros de la Victoire. » Le sculpteur prit donc comme sujet le vieux Tigre dans sa tenue légendaire, lors de ses fréquentes visites d’inspection au front, dans les tranchées boueuses des lignes avancées, côtoyant les soldats. Le chapeau sur l’oreille, dressé sur le parapet d’une tranchée, il inspecte un front imaginaire, pendant qu’à ses pieds six poilus – cinq hommes et un caporal – le nez en l’air, fixent avec inquiétude ce civil risque-tout. Il s’avère que l’œuvre de Sicard sut retranscrire fidèlement cette image (vues 9 et 10) ! 

Le sculpteur réalisa deux maquettes complètes en plâtre, la première de taille réduite et la seconde en taille réelle, qui plurent à Clemenceau. La volonté du "Père la Victoire" fut donc une nouvelle fois respectée. 

   

Le coût du monument
Lettre d'André Bujeaud au sujet du prix final, 16 décembre 1920 (4 T 42)

Vue 11 : lettre d'André Bujeaud au sujet du prix final, déc. 1920 (4 T 42). 

Contrairement aux estimations initiales, inférieures, le prix du marché avec François Sicard s’éleva à 120 000 francs, comme le constate le vice-président du Comité en décembre 1920 (vue 11). Ce prix correspondait à l’achat des blocs, leur transport et le magasinage, au salaire et à l’entretien des ouvriers et du praticien, à la fabrication et à la pose de la grille protectrice faite à Paris, ainsi qu'aux honoraires du sculpteur (vue 12). 

Toute l'équipe du sculpteur, 6 mai 1920 (83 Fi 3/5)

Vue 12 : toute l'équipe du sculpteur, mai 1920 (83 Fi 3/5). 

A ce coût, il fallait ajouter des dépenses diverses, de l’ordre de 76 000 francs, pour la location de l’atelier, l’aménagement de la place où allait avoir lieu l’érection, et les frais de gestion. La souscription, ayant suscité un fort engouement de la part des Vendéens, permit de couvrir la totalité de ces dépenses. En 1922, un reliquat sera même versé à la commune de Sainte-Hermine pour l’entretien du monument. 

  
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