Les étapes de la construction

Les pierres calcaires choisies par Sicard provenaient de la carrière de Pouillenay, en Bourgogne. Si les blocs dans lesquels furent taillés les poilus furent acheminés relativement facilement à leur destination, il n’en fut pas de même du bloc principal de 16 200 kg, celui dans lequel on sculpta Clemenceau. En fait, les chemins de fer de l’Etat ne possédant pas d’appareil de levage adéquat, le bloc resta plusieurs semaines à Chantonnay, où il fut dégrossi sur place avant d’être déplacé jusqu’à l’atelier de Sainte-Hermine. Sicard dut faire intervenir le préfet (qui était aussi le président du Comité pour le monument Clemenceau) auprès de l’ingénieur du tramway, pour débloquer le transport des pierres « en souffrance à Chantonnay ». 

Virgile Magliari (avec un béret) et ses ouvriers, dans l'atelier de Sainte-Hermine, 6 mai 1920 (83 Fi 3/3)

Vue 13 : V. Magliari (avec un béret) et ses ouvriers, dans l'atelier, mai 1920 (83 Fi 3/3). 

Courant avril 1920, l’équipe de Virgile Magliari, le praticien (vue 13), commença le travail préparatoire de dégagement des blocs, dans un atelier situé à Ougnette, près de la gare de Sainte-Hermine, à quelques centaines de mètres du lieu d’érection du futur monument. Dans le même temps, des ouvriers détruisaient la bascule de la place de Saint-Hermand, pour pouvoir installer à sa place les fondations bétonnées de la sculpture. Le 15 août 1920, le travail était suffisamment avancé pour que M. Sicard fasse une présentation du plâtre de la statue de Clemenceau (à l’échelle définitive, c’est-à-dire environ 1,5) à sa place, permettant de s’assurer de l’effet et de vérifier la bonne orientation (vue 14). 

  

  

Installation de la maquette en plâtre sur la place, 15 août 1920 (83 Fi 2/2)

Vue 14 : installation de la maquette en plâtre sur la place, 15 août 1920 (83 Fi 2/2). 

Georges Clemenceau devant sa statue, 10 mai 1921 (1Num25/1).

Vue 15 : Georges Clemenceau devant sa statue, 10 mai 1921 (1 Num 25/1, vue 6). 

  

  

  

  

  

  

  

Le monument avec sa grille de protection (carte postale Ramuntcho, 20 Fi 223/3)

Vue 16 : le monument avec sa grille de protection (20 Fi 223/3, vue 2). 

  

 A la mi-novembre 1920, le monument était terminé et installé à sa place définitive. En mars 1921, le Comité du monument Clemenceau vint juger de l’effet, et en apprécia l’ensemble. Lors de sa visite, le 10 mai (vue 15), Clemenceau se montra également satisfait, et accepta l’idée de présider son inauguration. Magliari effectua ensuite quelques retouches à la demande de Sicard, et il installa autour de la sculpture la grille de protection forgée à Paris (vue 16). 

Une histoire d’amitié…

André Bujeaud, comme nous l’avons vu, suivait tout particulièrement l’évolution du projet, doublement concerné par son statut de maire de la commune d’accueil et par celui de vice-président du Comité d’initiative du monument. Mais c’est bien plus par affinité que par obligation qu'il s’est impliqué dans le mémorial à celui qui était, avant tout, un ami !

En effet, le Tigre, bien avant d’être baptisé ainsi, était un proche du père d’André, Jérôme Bujeaud, et de son oncle, Edouard Grimaux. Unis par une lointaine parenté à la famille Clemenceau, et appartenant au milieu intellectuel de la même petite ville provinciale, les deux beaux-frères partageaient également les mêmes convictions politiques. Républicains engagés, ils l’étaient aussi bien par leurs responsabilités politiques (Grimaux sera l’adjoint de Clemenceau à la mairie de Montmartre), que par leurs prises de position courageuses, notamment lors de l’affaire Zola (rebondissement de l’affaire Dreyfus et du célèbre « J’accuse », publié par Clemenceau dans « L’Aurore »). C'est donc une profonde et ancienne amitié qui liait ces trois hommes et leurs familles, et qui faisait de chaque séjour de l'ancien médecin herminois à l'Aubraie une occasion de se retrouver. Ainsi, au-delà du grand homme « tombeur des ministères » ou « père la Victoire », Georges Clemenceau, pour André Bujeaud, était aussi l’ami qui s'arrêtait chez son père les jours de foire ou qui chassait avec son oncle…

C’est donc tout naturellement que l'artiste François Sicard, qui était aussi un ami de Clemenceau, devint celui d'André Bujeaud. Les albums photos de la famille Bujeaud sont ainsi ponctués des moments conviviaux partagés avec Clemenceau et Sicard, dans la maison des Bujeaud (vue II) ou des Grimaux (vue 17), dans la bicoque de Saint-Vincent-sur-Jard (vue 18) ou dans l’atelier de Sicard (vue 19). Pour eux, le suivi des travaux liés au monument de Sainte-Hermine offrait une nouvelle occasion de partager un déjeuner (vue 20) !

François Sicard avec les familles Bujeaud et Grimaux, dans la maison des Grimaux à l'Auneau (Chantonnay), 30 août 1920 (83 Fi 6)

Vue 17 : F. Sicard avec les familles Bujeaud et Grimaux, à l'Auneau, août 1920 (83 Fi 6). 

Georges Clemenceau entouré de la femme et des enfants d'André Bujeaud, dans la maison du Tigre à Belesbat, 13 septembre 1924 (83 Fi 5/4)

Vue 18 : Clemenceau entouré de la femme et des enfants d'André Bujeaud, à Belesbat, sept. 1924 (83 Fi 5/4). 

Lettre d'André Bujeaud invitant le préfet à déjeuner chez lui avec Clemenceau et Sicard (4 T 42)

Vue 20 : lettre d'André Bujeaud invitant le préfet à déjeuner chez lui avec Clemenceau et Sicard (4 T 42). 

André Bujeaud avec Magliari et ses ouvriers, dans l'atelier de Sainte-Hermine, 6 mai 1920 (83 Fi 3/6)

Vue 19 : André Bujeaud avec Magliari et ses ouvriers, dans l'atelier, mai 1920 (83 Fi 3/6). 

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