Au fil de l'eau

Suivons ici quelques facétieux cours d'eau, dont les boucles et les méandres rythment le paysage et, par conséquent, le plan qui retranscrit ce dernier... 

Une frontière naturelle entre Angles et Grues
Détails des deux plans d'Angles (à gauche) et de Grues (à droite)

Détails des deux plans d'Angles (à gauche) et de Grues (à droite). 

Les territoires des communes limitrophes d’Angles et de Grues présentent la particularité de s’emboîter l’un dans l’autre, un peu à la façon de deux pièces de puzzle. Le géomètre-arpenteur accompagné des maires et indicateurs des deux communes, réunis pour reconnaître la délimitation intercommunale et en établir le procès-verbal, n’ont pourtant fait que valider une pratique courante : utiliser les cours d’eau comme frontière naturelle. C’est donc le lit du Lay, malgré cette boucle capricieuse créant une sorte d’enclave angloise dans le territoire gruaulais, qui marque la limite entre les deux communes. 

Un peu plus en amont de ce fleuve, sur la commune d’Angles, est signalé l’emplacement du port de Moricq. Ce dernier, autrefois très actif pour le commerce des céréales, a vu progressivement décliner son activité, au fur et à mesure que les rivages de l’océan s’en éloignaient en raison de l’envasement du golfe des Pictons. C’était pour protéger ce qui était alors l’embouchure du Lay qu’avait été édifiée la tour de Moricq, représentée sur le plan entre le village de Moricq et celui de la Barboire. 

Plan du cadastre napoléonien dit « primitif » d'Angles, tableau d’assemblage, 1811 (Archives dép. Vendée, 3P_004_AD_001)

Plan du cadastre napoléonien dit « primitif » d'Angles, tableau d’assemblage, 1811 (Archives dép. Vendée, 3P_004_AD_001). 

Plan du cadastre napoléonien dit « primitif » de Grues, tableau d’assemblage, 1812 (Arch. dép. Vendée, 3P_104_AD_001)

Plan du cadastre napoléonien dit « primitif » de Grues, tableau d’assemblage, 1812 (Arch. dép. Vendée, 3P_104_AD_001). 

Bouin et les méandres du marais
Plan du cadastre napoléonien de Bouin, section E de la Limagne, feuille n° 3, [1831] (Arch. dép. Vendée, 3P_029_AD_019)

Plan du cadastre napoléonien de Bouin, section E de la Limagne, feuille n° 3, [1831] (Arch. dép. Vendée, 3P_029_AD_019). 

En suivant les méandres des salines, ce plan parcellaire de la commune de Bouin témoigne du paysage si particulier du marais breton vendéen. L’industrie du sel, depuis le Haut Moyen-Age jusqu’au XIXe siècle, y a modelé le territoire, le couvrant d’un maillage compliqué d’étiers (canaux), de bassins, de charrauds (chemins de terre), de ponts et de planches (passerelles étroites)… Autant de termes spécifiques que l’on retrouve sur les plans cadastraux. 

Cartouche du tableau d'assemblage du cadastre napoléonien de Bouin, 1831 (Arch. dép. Vendée, 3P_029_CE_001)

Cartouche du tableau d'assemblage du cadastre napoléonien de Bouin, 1831 (Arch. dép. Vendée, 3P_029_CE_001). 

Cette feuille de la section E, comme c’est souvent le cas pour les plans parcellaires, contient peu d’indications d’ordre général. Il faut se référer au cartouche du tableau d’assemblage pour acquérir davantage d’informations, notamment la date à laquelle les travaux de cadastration ont pris fin sur le terrain – en l’occurrence le 6 décembre 1831 – pour la commune de Bouin. Cette dernière, sur ce même cartouche, était d’ailleurs nommée « L’Ile-Bouin », appellation rappelant son ancien caractère insulaire, jusqu’à ce que le Dain, bras de mer la ceinturant à l’est, soit réduit à l’état de canal sous l’effet conjugué de l’envasement naturel et de travaux d’endiguement. 

Cugand, sur les rives de la Sèvre nantaise
Plan du cadastre napoléonien de Cugand, section C de Hucheloup, 2e division, 1814 (Arch. dép. Vendée, 3P_076_AD_007)

Plan du cadastre napoléonien de Cugand, section C de Hucheloup, 2e division, 1814 (Arch. dép. Vendée, 3P_076_AD_007). 

Les géomètres chargés de réaliser les opérations de cadastration des communes françaises devaient fournir le résultat de leurs travaux en plusieurs exemplaires. C’est pourquoi plusieurs collections d’atlas cadastraux napoléoniens, de qualité parfois inégale, sont parvenues jusqu’à nous. Aujourd’hui, dans le département de la Vendée, une de ces collections est toujours propriété des communes, alors que les autres sont désormais conservées aux Archives départementales. 

Détail du plan ci-contre

Détail du plan ci-contre. 

Ce plan parcellaire a été choisi en raison de la qualité de son dessin, notamment dans la figuration, toute en nuances de bleu, de la rivière. La Sèvre nantaise, frontière naturelle avec le département de la Loire-Inférieure (aujourd’hui Loire- Atlantique), est aussi une ressource énergétique précieuse pour les roues hydrauliques des moulins. Nombre d’entre eux bordent ses rives à Cugand, en particulier des moulins à foulon, ainsi appelés car s’y effectuait la foule, c’est-à-dire le battage, des draps et autres étoffes de laine tissée, pour les assouplir et les dégraisser. 

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