Calculs et fantaisies des géomètres

L'étude des plans cadastraux napoléoniens, lorsque l'on prend le temps d'en observer les détails, se révèle pleine de surprises. On y découvre notamment les méthodes de calculs utilisées par les géomètres, ainsi que, parfois, leur talent artistique ! 

Fontaines et le méridien de Paris
Plan du cadastre napoléonien dit « primitif » de Fontaines, tableau d’assemblage, 1809 (Arch. dép. Vendée, 3P_091_AD_001)

Plan du cadastre napoléonien dit « primitif » de Fontaines, tableau d’assemblage, 1809 (Arch. dép. Vendée, 3P_091_AD_001). 

Pour réaliser le tableau d’assemblage de la commune de Fontaines, le géomètre a tracé un carroyage dont les lignes, orientées nord-sud et est-ouest, correspondent à un espacement de 500 mètres sur le terrain (soit de 5 cm sur le plan). Deux autres lignes, de couleur rouge, se croisent à l’emplacement du clocher de Fontaines, donnant la position exacte de ce point. Les mesures indiquées sur ce quadrillage, et exprimées en mètres, étaient définies par rapport au méridien de Paris. L’utilisation de ce dernier sera abandonnée en 1884, au profit de son concurrent britannique, le méridien de Greenwich. 

Détails du tableau d'assemblage ci-contre

Détails du tableau d'assemblage ci-contre. 

Le géomètre a également pris soin de relever les limites entre les communes voisines de Fontaines, et a apporté une touche personnelle – et artistique – en représentant cinq édifices de ces communes, entourés de végétation. Après avoir situé avec précision le sommet de ces bâtiments sur le quadrillage (par deux traits au crayon à peine effacés), il a dessiné et en partie aquarellé deux moulins à vent sur les communes de Saint-Médard-des-Prés et de Doix, l’église de Montreuil, le château de Doix et une maison située à Tesson (nom révolutionnaire donné à la commune de Saint-Martin-de-Fraigneau de 1792 à 1814). 

Les Clouzeaux, en coordonnées locales
Plan du cadastre napoléonien dit « primitif » des Clouzeaux, section G, 1ère division, 1810 (Arch. dép. Vendée, 3P_069_AD_019)

Plan du cadastre napoléonien dit « primitif » des Clouzeaux, section G, 1ère division, 1810 (Arch. dép. Vendée, 3P_069_AD_019). 

L’originalité de ce plan parcellaire de la commune des Clouzeaux tient dans les choix de l’ingénieur géomètre de 1re classe, Stanislaus de Zawisza. Ce dernier a d’abord décidé d’effectuer les calculs topographiques nécessaires à la réalisation des plans cadastraux de la commune des Clouzeaux en coordonnées locales. Ainsi, plutôt que de se référer au méridien de Paris, il a déterminé la méridienne et la perpendiculaire de référence comme étant celles qui se croisent au niveau du clocher de la commune. Il leur a donné les coordonnées 0, et il a ensuite établi son quadrillage sur le terrain, tous les 500 mètres, parallèlement à ces deux lignes. 

Détail du cartouche du plan ci-contre

Détail du cartouche du plan ci-contre. 

Ce géomètre s’est également appliqué à personnaliser le cartouche contenant des indications sur le titre, la date et les auteurs du plan. Alors qu’il avait opté pour des cartouches en forme de parchemins aux bords retournés pour les autres plans cadastraux de cette commune, il choisit d’encadrer le titre de la section G 1 à l’aide d’un tronc et d’une branche d’arbre, réalisés à l’encre et au lavis noirs. 

Zoom sur les signaux à la base des opérations de relevés à Cugand
Détails du plan ci-contre

Détails du plan ci-contre. 

Les opérations de triangulation utilisées par le géomètre pour lever le plan cadastral de la commune sont visibles sur ce tableau d’assemblage. Cette méthode consiste à créer un réseau de triangles, formant un canevas de points de repérage. Les sommets des triangles, appelés signaux ou points trigonométriques, sont choisis pour leur position aisée à repérer, et sont ici représentés par de petits drapeaux bleus. Il peut s’agir de constructions – comme les clochers, les moulins, le château de Clisson, de simples maisons – ou bien de bornes plantées à cet effet. Les travaux se poursuivent sur le terrain par la mesure physique du côté du premier triangle, qui correspond très probablement ici à la ligne reliant les signaux A et B. 

Plan du cadastre napoléonien de Cugand, tableau d’assemblage, 1814 (Arch. dép. Vendée, 3P_076_CE_001)

Plan du cadastre napoléonien de Cugand, tableau d’assemblage, 1814 (Arch. dép. Vendée, 3P_076_CE_001). 

L’atlas cadastral de la commune de Cugand a été terminé sur le terrain le 7 février 1814, soit peu de temps après la publication du « Code cadastral » de 1811, recueil détaillant tous les travaux nécessaires à la confection des plans du cadastre napoléonien. Les opérations de cadastration à l’échelle de la France, plus longues que prévu, ne prirent fin qu’en 1850, alors que les dernières communes cadastrées en Vendée l’ont été en 1846. Les plans cadastraux napoléoniens du département ne seront par la suite pas modifiés avant la rénovation du cadastre, entre 1932 et 1977. 

Retour en haut de page