Des tableaux d'assemblage colorés

Les atlas cadastraux sont en général constitués d’un tableau d’assemblage présentant tout le territoire de la commune, dont la consultation est préalable à toute recherche dans les feuilles des sections, sur lesquelles sont portés les numéros de parcelle. Il arrive cependant que l’organisation de certains atlas rajoute une étape à la recherche, en présentant un tableau d’assemblage propre à chaque section. C’est le cas dans les cantons de Mortagne-sur-Sèvre, des Herbiers et de Saint-Fulgent, ainsi que pour les communes de L’Herbergement et de Saint-Sulpice-le-Verdon. Pour toutes ces communes – parmi lesquelles figurent Ardelay, Bazoges-en-Paillers, Les Brouzils et Tiffauges (étudiées plus en détail dans ce chapitre) – les opérations de cadastration ont été réalisées en 1838 et 1839. 

  

Le modeste bourg d’Ardelay est représenté tout en haut à droite de la section C. Le château, avec son donjon carré du XVe siècle, est aisément reconnaissable aux douves en eau qui l’encerclent. A proximité se trouve l’église, d’une couleur violette la distinguant des autres bâtiments en rose, et, non loin, quatre croix marquent l’emplacement du cimetière. 

Plan du cadastre napoléonien d'Ardelay, tableau d’assemblage de la section C du Bourg, [1838] (Arch. dép. Vendée, 3P_007_CE_004)

Plan du cadastre napoléonien d'Ardelay, tableau d’assemblage de la section C du Bourg, [1838] (Arch. dép. Vendée, 3P_007_CE_004). 

La commune d’Ardelay et celle, limitrophe, du Petit-Bourg-des-Herbiers ont toutes deux été rattachées à la commune des Herbiers en 1964. Dans de tels cas de réunion de communes, les sections de la commune rattachée sont en général renommées, à la suite des sections de la commune de rattachement. Elles sont ainsi désignées par de nouvelles lettres, mais les numéros de parcelle demeurent. 

  

Ces tableaux d’assemblage de sections ont la particularité d’être entièrement aquarellés. Les différents motifs et couleurs utilisés renseignent sur la nature des cultures des terrains représentés, information que l’on retrouve plus précisément, pour chaque parcelle, sur l’état de sections. Sur le tableau d’assemblage de la section B de Bazoges-en-Paillers, des annotations au crayon sur chaque ensemble de cultures permettent d’en établir plus aisément la signification. Ainsi la lettre « t » sur les parties en ocre clair signifie qu’il s’agit de terres labourables, les lettres « vi » sur fond mauve que ce sont des vignes, etc. De nombreuses nuances de vert se côtoient pour les prés (désignés par la lettre « p »), les bois (« b »), les landes (« l »), les pâtures (« pât ») et les vergers (« v »). Ces derniers sont représentés par des arbres vert foncé dont l’ombre est portée sur une surface vert clair. 

Plan du cadastre napoléonien de Bazoges-en-Paillers, tableau d’assemblage de la section B du Blond, [1838] (Arch. dép. Vendée, 3P_013_CE_003)

Plan du cadastre napoléonien de Bazoges-en-Paillers, tableau d’assemblage de la section B du Blond, [1838] (Arch. dép. Vendée, 3P_013_CE_003). 

Les sections cadastrales portent en général le nom de l’un des lieux-dits qu’elles contiennent, c’est le cas ici pour la section du Blond, sur laquelle cohabitent la métairie du Petit Blond et le village du Grand Blond. Ce toponyme a-t-il évolué ou est-ce une erreur du géomètre en 1838 ? Toujours est-il qu’aujourd’hui le hameau s’orthographie Belon. 

Plan du cadastre napoléonien des Brouzils, tableau d’assemblage de la section F du Chêne, [1838] (Arch. dép. Vendée, 3P_038_CE_007)

Plan du cadastre napoléonien des Brouzils, tableau d’assemblage de la section F du Chêne, [1838] (Arch. dép. Vendée, 3P_038_CE_007). 

La commune des Brouzils, d’une superficie de 4 125 hectares, est divisée en quinze sections, de la lettre A à la lettre P (le I n’étant pas utilisé). Alors que l’échelle du tableau d’assemblage général de la commune est au 1/20 000, celles des tableaux d’assemblage de sections, plus précises, sont au 1/8 000 ou au 1/4 000. Chaque section fait également l’objet de divisions, séparées par des traits de couleur jaune. La section F du Chêne en compte huit, portant chacune le nom d’un lieu-dit. Les numéros de parcelles de ces divisions sont ensuite portés sur des plans parcellaires, à plus grande échelle. Pour la section F par exemple, il existe trois feuilles (F1, F2 et F3) à l’échelle de 1/2 000. Parfois, des développements à une échelle encore plus grande (1/1 250 ou 1/1 000) sont nécessaires, pour assurer une lisibilité correcte du plan, quand les parcelles sont de petite taille. 

Sans offrir de mentions d’altitude, ce tableau d’assemblage de la section F suggère le relief du lieu en représentant les nombreux cours d’eau bordés de prés vert pâle, et les moulins à vent élevés sur les landes du Chêne. L’habitat est dispersé en petits hameaux, joliment représentés ici dans des teintes pastel ; le rose signalant, comme à son habitude, le patrimoine bâti, alors que les parcelles multicolores qui entourent les constructions symbolisent des jardins. 

  

Les opérations de cadastration ont divisé la commune de Tiffauges en deux sections seulement, A et B, séparées par la route stratégique de Tiffauges à La Gaubretière. Le découpage s’est donc effectué dans le sens de la longueur, créant ainsi deux sections très allongées et séparant le château du bourg, pourtant proches l’un de l’autre. 

Plan du cadastre napoléonien de Tiffauges, tableau d’assemblage de la section B de Coubarbier, [1839] (Arch. dép. Vendée, 3P_293_CE_003)

Plan du cadastre napoléonien de Tiffauges, tableau d’assemblage de la section B de Coubarbier, [1839] (Arch. dép. Vendée, 3P_293_CE_003). 

C’est sur la section B dite de Coubarbier que figurent les imposants vestiges du château de Tiffauges, surnommé de nos jours « château de Barbe-Bleue », par allusion à son plus célèbre propriétaire, Gilles de Rais. La forteresse médiévale de ce dernier, démantelée à la fin des guerres de religion sur ordre de Richelieu, est largement délabrée en 1839 comme le révèle le tableau d’assemblage sur lequel les parties en ruines apparaissent en pointillés sur fond jaune. Seules la tour du Vidame et une partie du logis situé dans la cour – représentées en rouge – semblent avoir résisté au temps. 

La ville de Tiffauges, située juste en contrebas du château vers le sud, est donc représentée sur la section A. Le clocher de l’église a cependant été symbolisé par un point entouré d’un cercle sur le tableau d’assemblage de la section B, car il s’agit d’un point trigonométrique ayant servi de repère pour la réalisation du plan cadastral et portant ici le numéro 87. 

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