En route pour la dernière étape : Montaigu

De retour du chef-lieu, le cortège est de nouveau aux Quatre-Chemins où il rejoint la route de Nantes. Il atteint Saint-Fulgent à 19h30. En chemin, Napoléon se montre à l’écoute et fait preuve de générosité et de clémence. 

  

À Chavagnes-en-Paillers encore, Napoléon est attendu avec impatience [ pièces 18 & 19]. 

  

Napoléon à la Chardière, dessin de l'abbé J. Boutin (Arch. dép. Vendée, BIB 5224) 

L’épisode est connu grâce au récit de la supérieure des Ursulines du lieu. Il fait nuit, les trois cents élèves du séminaire ont été rassemblés avec les habitants au lieu-dit la Chardière. Là, un arc de triomphe a été érigé avec une inscription insolite : « La terre se tut en sa présence. » Les séminaristes font une haie, au bord de la route et, à la lumière des chandelles, crient : « Vivat Imperator ! » Le Père Baudouin accompagné de ses prêtres et professeurs, ainsi que du maire, adresse quelques mots au souverain. Ce dernier lui promet une somme de 100.000 francs pour construire un séminaire répondant aux besoins exprimés par le supérieur. Encore un engagement resté vain. 

  

Napoléon, poursuivant son chemin, s’est-il interrogé sur la mystérieuse citation qui l’a accueilli ? L’historien Alain Gérard, dans l’introduction de Napoléon et les Vendéens, explique que si l’Empereur avait été plus familier de l’Ancien Testament, il l’aurait retrouvée dans le premier livre des Maccabées à propos d’Alexandre le Grand. Et il aurait lu la suite : « La terre se tut en sa présence. Son cœur s’exalta et s’enfla d’orgueil. » Un avertissement qu’on pourrait croire impertinent et qui n’est sans doute que charitable, du saint homme au conquérant en proie au vertige qui va le perdre. 

  

Le convoi poursuit sa route atteignant Montaigu à 21h20. Un incident va perturber la soirée : on croit à un empoisonnement... Depuis la porte de son propre salon, ouvert pour la soirée au couple impérial, l’avoué Tortat assiste à la scène. Il la racontera en détail dans ses Mémoires (H. Champion, Paris, 1811 - Arch. dép. Vendée, 42 J 250). 

  

Le cortège se remet en branle. Il arrivera à Nantes à trois heures du matin alors qu’on ne l’attendait plus. 

  

De Nantes, l’Empereur exprime sa joie : « Je suis entièrement satisfait de l’esprit des départements de la Vendée, que je viens de traverser », écrit-il à son frère Joseph (Correspondance de Napoléon Ier publiée par ordre de Napoléon III. Tome XVII, 1865, lettre n°14247 du 9 août 1808, p.434). Il confie à M. de Champagny, ministre des Affaires étrangères : « Je suis arrivé cette nuit à Nantes. J’ai été extrêmement content du peuple de la Vendée » (Ibid., lettre n°14248 du 10 août 1808, p. 434). 

  

Tel fut le voyage triomphal qui a fait dire à Adolphe Thiers dans son Histoire du Consulat et de l’Empire (1849, t.IX, p.248) : « Son chagrin fut presque dissipé à l’aspect de la Vendée reconnaissante et enthousiaste. Elle n’eût pas mieux reçu Louis XVI s’il avait pu sortir de la tombe où l’avait fait descendre le crime de quatre-vingt-treize. » 

  

Ainsi, le séducteur a-t-il été séduit ! Au final, si l’Empereur n’accorda pas à la construction de la ville de Napoléon des moyens à la mesure de l’ambition affichée, il fut en revanche à l’origine d’un véritable plan d’aménagement du département. Cette visite reflète aussi le changement de fond opéré parmi la population. 

  

Déçus par les Bourbons, les Vendéens se sont somme toute assez bien accommodés de Napoléon, héritier pourtant de la Révolution, mais qui a l’intelligence d’un grand politique, celle de reconnaître la grandeur des vaincus [ pièce 20]. 

  

Pièce à pièce :

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