La Vendée en douze documents

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Charte de donation au prieuré Saint-Lienne

Cet acte de 1090 en faveur du prieuré de La Roche-sur-Yon est l’un des plus anciens conservés aux Archives départementales. Il témoigne avec quelques autres du nouveau développement de la région : à l’écart des routes et aux confins disputés de trois grandes provinces, elle se trouvait encore bordée de vastes marais insalubres, mal dégagés de l’Océan d’où les Normands avaient longtemps procédé à des incursions ravageuses. Pour leur échapper, une grande abbaye comme celle de Noirmoutier avait déménagé, depuis deux siècles déjà, jusque sur les bords de la Saône. 

Cote : H 202 

Château de Tiffauges

Tiffauges, imposante forteresse poitevine, comme l’est non loin de là Clisson, sa rivale bretonne, fut l’une des résidences de Gilles de Rais. Maréchal de France au cours de la guerre de Cent ans, prince richissime à l’héritage convoité, il fut livré aux bourreaux comme Jeanne d’Arc, dont il avait été le compagnon, mais en raison de crimes sordides commis sur des enfants. La légende noire, qui imprègne la vision romantique des ruines, en a fait peu à peu le château de Barbe-Bleue. 

Cote : 7 Fi 53 (reconstitution par l'architecte Balleyguier, 1886) 

La vénerie de Jacques du Fouilloux

Ce très célèbre manuel s’appuie sur l’expérience de son auteur en Bas-Poitou, où la chasse était un art de vivre commun aux nombreux et modestes logis seigneuriaux : l’agrément d’un siècle assombri par la violence et la durée des guerres de religion, mais également brillant, illustré par des génies littéraires comme Rabelais puis Agrippa d’Aubigné à Maillezais, ou scientifiques, comme le mathématicien Viète à Fontenay-le-Comte. 

Réédition de 1614 

Bouchots de la seigneurie de Champagné-les-Marais (XVIIIe siècle)

Depuis le XIIIe siècle, et d’abord sous l’impulsion des abbayes, d’immenses marais proches de l’Océan ont été peu à peu domestiqués. Au XVIe siècle, on fit même appel à des Hollandais pour la reprise des dessèchements. Ce plan rend compte d’une exploitation de type agricole de la mer elle-même, promise à un bel avenir, et qui s’inscrivait cependant déjà dans une tradition millénaire, dont témoignent les buttes huîtrières de Saint-Michel-en-l’Herm. 

Cote : 1 E 442 

Baptême d'un Africain en Vendée (1774)

Après la mort de saint Louis-Marie Grignion de Montfort en 1716, ses disciples n’ont cessé de prêcher dans les campagnes, au cours de missions qui s’achevaient par la plantation de croix, si caractéristiques de la Vendée. Un événement apostolique marqua leur passage à Chantonnay : le baptême de Bonaventure, « environ 20 ans, né parmi les sauvages », un Noir qui savait signer, et qu’on retrouva pendant la guerre de Vendée conseiller municipal de sa commune, où il était boulanger et l’un des meneurs de la paroisse. 

Cote : 2 E 51/2 

Sauf-conduit délivré à des prisonniers (1793)

De tels passeports ont été délivrés par milliers aux militaires dépêchés de toute la France contre les Vendéens, et tombés entre leurs mains. Ceux-ci procédèrent tout au long de 1793 à des libérations massives, par un motif purement religieux, irréaliste d’un point de vue militaire. Bientôt écrasés dans un combat inégal et sans pitié, ils en sortirent néanmoins pacifiés et renouvelés, tandis que leurs adversaires, effrayés par leur propre cruauté, restaient prisonniers de la peur d’une revanche et de vengeances. 

Cote : 1 J 1962 

Facture d'un fossoyeur chargé d'un charnier (1794)

On ignore le nombre des fusillés de Noirmoutier, en janvier 1794, mais 25 ouvriers, trois jours durant, furent nécessaires à leur ensevelissement. On leur avait bien promis la vie sauve, mais les serments comme les principes n’avaient plus de sens. Ce massacre d’un reste de la grande armée vendéenne inaugure l’extermination de la population, toutes opinions politiques confondues. La Révolution n’avançait en effet que sur les corps de ses ennemis, même vaincus : la résistance désespérée des Vendéens lui servirait encore à justifier des coups de force à Paris. C’est sous les décombres d’un département rebaptisé «Vengé », qu'en périrent 165 000, près d'un sur quatre. 

Cote : L 2391 

Projet de prison pour la ville nouvelle de La Roche-sur-Yon

Forcer la nature, répandre les Lumières : c’est encore ce que manifeste ce dessin concentrique, aussi artificiel que le réseau des routes rectilignes, ouvertes pour éclairer la Vendée, et que le plan orthogonal de la nouvelle préfecture. Cette ville-caserne fut plantée par Napoléon en 1804 au cœur du Bocage, pour en prévenir toute révolte éventuelle. Pendant longtemps, en effet, les gouvernements furent remplis de crainte, car les raisons profondes du soulèvement de 1793 leur échappaient. Celui-ci était cependant bien éteint depuis qu’il avait contraint la République à retourner la Terreur contre elle-même, puis à y renoncer, avant de garantir la liberté religieuse par un concordat. 

Cote : 39 Fi 549 

Extrait du Monde illustré : 21 janvier 1905

Le député vendéen Baudry d’Asson interrompit un discours du petit père Combes, champion de l’anticléricalisme au pouvoir et responsable de l’expulsion des congrégations, en le coiffant d’une casserole. Cette facétie traduit le malaise d’une Vendée mise au ban de la République pour cause de catholicisme, et heurtée de plein fouet dans ses forces vives : constituées de promotions serrées de prêtres, de religieux et de religieuses, elles étaient issues de la population et à son service ou à celui des missions les plus lointaines. 

Clemenceau, artisan du retour de l'Alsace et de la Lorraine

Profondément républicain et anticlérical, le Père-la-Victoire, que l’on était allé chercher à 77 ans, en 1917, pour gouverner la France alors en train de céder face à l’Allemagne, avait dû bâtir sa carrière politique loin de chez lui. Or, pour sa retraite, il y fut accueilli comme l’enfant du pays car la reconnaissance nationale dont il bénéficiait personnellement s’étendait aussi à toute la Vendée : suspectée naguère d’être hors de la République, elle venait de subir les plus fortes pertes au front. 

A l'industrie, la Vendée offre ses bras

Les Vendéens, habitués à se prendre en charge eux-mêmes depuis la tentative de destruction qu’ils ont subie sous la Terreur, ont d’abord reconstitué leur population et leur agriculture, tout en mettant leur dynamisme conquérant au service de l’Eglise. A l’heure où l’industrie les menaça d’une nouvelle dépopulation, ils multiplièrent les usines à la campagne, sans complexe ni égard pour les villes, conservant ainsi une vitalité rurale peu ordinaire. Le nombre des entreprises de pointe et des enseignes célèbres témoigne d’une réussite que personne n’avait planifiée. 

Cote : Bib C 58/5 (publication de 1955) 

Paul-Henri Tisseau

La Vendée est aussi une vieille terre protestante, comme en témoigne la lignée des Tisseau. Paul-Henri (1894-1964), né à La Caillère, y acheva un travail titanesque, la traduction en 20 volumes (et à ses frais) du premier philosophe existentialiste, le Danois Kierkegaard. Il en fit connaître l’inspiration chrétienne, qui propose à chacun de devenir des contemporains du Christ, non pour avoir assisté à sa vie, mais pour en avoir actualisé la présence par la foi. 

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