Retour aux sources : présentation du fonds Grelier (60 J)

Charles Grelier, vers 1880 (60 J 19) 

A sa mort en 1968, l’abbé Charles Grelier, éminent érudit du marais breton vendéen, lègue ses papiers au Département pour qu’ils soient conservés aux Archives de la Vendée et mis à disposition des chercheurs. En 2017, les Archives publient sur leur site internet une nouvelle version de  l’inventaire du Fonds Grelier. Apparaissent désormais les différents éléments constitutifs : papiers de la famille Grelier, travaux de l’abbé, papiers d’autres familles. La présentation qui suit tente de montrer la richesse et la complexité de ce fonds ; elle ne fait évidemment qu’effleurer un ensemble qui contient 16 ml de documents. Cette diversité des contenus s'explique par la personnalité même de l'abbé Grelier : retour rapide sur un homme aux multiples facettes. 

  

Charles Grelier naît le 30 juin 1879 à Challans dans une famille de commerçants. Resté fils unique, il se montre toute sa vie très attaché à ses parents, Gildas Grelier et Eugénie Laveau. 

Quelques autres figures familiales se distinguent comme essentielles dans la construction de la personnalité de l'abbé Grelier. Hortense Batuaud, sa grand-mère, qui pour lui avoir confié les archives de la famille entretient son goût pour l'histoire. Rose Daniau, son arrière-grand-mère, qui œuvre très activement au rétablissement de la paroisse de Saint-Urbain qui avait été supprimée par décret en 1804. Et enfin, son oncle, l'abbé Zénon Grelier, vicaire puis curé de Saint-Urbain. 

Charles Grelier prend très jeune conscience de sa vocation et ses parents, fervents catholiques, s'en réjouissent. Après un parcours maintes fois contrarié par sa santé fragile, il est ordonné prêtre dans le diocèse de La Rochelle en juin 1908. Dès la Toussaint, il s’installe, à la demande du chanoine Freland, comme prêtre habitué dans la paroisse de Challans : il n’exerce aucune fonction officielle mais aide au service. Alors que sa constitution délicate lui évite la mobilisation, l’évêque de Luçon lui demande de remplacer le curé de Saint-Urbain, mobilisé pendant la 1re guerre mondiale. Mais sa vocation religieuse le pousse vers les études bibliques et c'est à Challans qu'il mène ses travaux, notamment la rédaction d’hagiographies. Son "Saint Symphorien", à la fois hagiographie et manuel de dévotion, publié en 1957, reste aujourd’hui encore une référence. 

Son goût pour l'histoire et l'archéologie naît auprès de l'abbé Louis Teillet, alors vicaire de Challans (1884-1891). En 1897, la construction d'une nouvelle église et surtout la démolition de l'ancienne, offrent au jeune Charles l'occasion de rédiger ses premiers travaux et de réaliser ses premières fouilles. C'est ainsi qu'il sauve la croix mérovingienne qui sera ensuite scellée dans un mur de la nouvelle église. Poursuivant ses travaux archéologiques, il participe activement au sauvetage et au classement de l'église de Sallertaine. Il rejoint la Société française d'archéologie (SFA) et se voit remettre lors du Congrès archéologique de 1910, une médaille d'argent pour ses travaux sur les églises de Vendée. Il participe à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques pour la Vendée (1923-1924) et devient inspecteur départemental de la SFA (1938-1966). 

Rapidement, sa correspondance en atteste, l'abbé Charles Grelier fait figure de référence pour l'histoire du Marais breton et du clergé vendéen. L'archiviste départemental comme l'évêque de Luçon font régulièrement appel à sa science et à son importante documentation. Cette position lui permet de sauver, de valoriser et d'intégrer à ses collections nombre de fonds d'archives familiales ou personnelles : papiers des familles Boux de Casson et Merland, notes de recherches de l'abbé Teillet, travaux de Charles-Edouard Gallet... 

Il s'éteint en 1968, dans la commune qui l'a vu naître et à laquelle il fut profondément attaché toute sa vie : Challans. 

Au soir de sa vie, il laisse aux Archives de la Vendée un fonds d’archives révélateur de ses multiples centres d'intérêt. Focus sur quelques documents. 

  

Son enracinement : l’homme du marais

L’église de Challans

Vue de l’ancienne église de Challans et du clocher neuf (60 J 236) 

L’église de Challans est l’un des sujets de recherche privilégiés par l’abbé Grelier : il concilie son intérêt pour le marais, Challans, l’histoire de l’Église et l’archéologie. Dès 1897, la construction de la nouvelle église de Challans et la destruction programmée de l’ancienne donnent à Charles Grelier l’occasion de rédiger ses premiers travaux. Dans le fonds Grelier, 2 manuscrits de 1897 sont intitulés « L’ancienne église paroissiale de N.D de Challans dans son état actuel, ses origines, son histoire, ses prêtres » (60 J 231). A la suite de l’abbé Teillet et fort de la documentation que ce dernier lui remet en mars 1909, Charles Grelier poursuit ses travaux et accumule de la documentation. Il a pour ambition la publication d’une étude en 8 parties : des origines au XIIIe siècle (1re partie), du XIIIe siècle à l’année 1524 (2e partie), les deux dédicaces de l’église XIIe et XVIe siècles (3e partie), de 1524 à 1789 (4e partie), les sépultures dans l’église (5e partie), de 1789 à 1859 (6e partie), de 1859 à 1932, le clocher neuf (7e partie) et histoire des cloches et de l’horloge (8e partie). Cette publication est faite au gré des souscriptions de 1909 à 1937. Elle est restée inachevée, les 4e, 5e et 6e parties n’ont jamais été publiées mais la documentation qu’avait accumulée l’abbé tout au long de sa vie est à la disposition des chercheurs, dans ses archives. 

En 1909, en ouverture de la publication du 1er fascicule de son étude sur l’ancienne église de Challans, c’est en des termes assez virulents que l’abbé Grelier regrette la démolition totale de l’ouvrage. Il affirme que le transept, du XIe siècle, et le chœur du XIIIe « offraient beaucoup d’intérêt au double point de vue historique et archéologique ». 

L’abbé Grelier et la croix mérovingienne (266 J 1) 

En 1899-1900, la démolition de l’ancienne église est confiée à Anatole Boré, un menuisier de la ville, qui récupère quelques-unes des nombreuses antiquités découvertes. Soucieux de préserver cette part d’histoire, Charles Grelier examine régulièrement les décombres transportés chez le menuisier. C’est là qu’il découvre la fameuse croix mérovingienne. En amateur éclairé, il constate immédiatement l’intérêt de cette découverte, acquiert la pièce et se tourne vers des spécialistes pour conforter son interprétation. 

Léon Maître, en 1900, puis le Père Camille de La Croix, en 1909, confirment l’origine mérovingienne de cette croix et son intérêt archéologique. Elle permet d’affirmer l’installation d’une communauté chrétienne à Challans avant même le XIe siècle. Tous s’accordent sur l’intérêt de placer cette pièce dans la nouvelle église. 

De 1957 à 1960, la mise en œuvre d’une procédure de classement relance les études sur cette croix. De nouveaux spécialistes, Raymond Rey, M. Delafosse, François Eygun et Jean Feray s’interrogent sur sa datation. Elle serait finalement carolingienne mais reste une pièce exceptionnelle, scellée en 1960 dans un mur de la nouvelle église. 

Les notes, la correspondance et les photographies conservées par l’abbé gardent trace de multiples découvertes faites lors des fouilles dans l’ancienne église. 

  

  

L’inventaire 1906 à Challans

En exécution de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905, il doit être procédé, en vue de leur remise aux associations cultuelles, à l’inventaire descriptif et estimatif des biens des Eglises. Cette disposition est vécue par nombre de catholiques comme une spoliation des biens de l’Eglise : les inventaires cristallisent l’opposition. 

Alors qu'il est au séminaire de La Rochelle, Charles Grelier s’inquiète du déroulement des inventaires dans sa paroisse natale et dans les églises du marais. La documentation et la correspondance conservées par l’abbé permettent de retracer très précisément les faits. Les « notes d’un témoin », conservées dans le fonds Grelier (60 J 212), sont un brouillon de lettre du chanoine Freland à l’évêque ; Eugénie Laveau rend fidèlement et régulièrement compte des événements à son fils Charles. 

Les barricades (60 J 212) 

Acte 1. L’inventaire est fixé au 1er février 1906 mais le receveur des Domaines, M. Gasc, fervent catholique, préfère démissionner que de commettre ce qu’il qualifie de « sacrilège ». C’est le premier signe de la fronde dans la paroisse… L’inventaire est remis sine die. 

Acte 2. Le lundi 5 février, un sous-inspecteur des Domaines annonce sa visite pour le lendemain à 8h30. Le mardi, dès 7h30, « des anges invisibles » sonnent le tocsin, le glas et la volée, appelant la population à se mobiliser. L’église est barricadée : les bancs et les confessionnaux sont poussés contre les portes. 

Deux brigades de gendarmerie sont repoussées… La troupe arrive le soir même à Challans : 120 billets de logement sont demandés à la mairie. 

Acte 3. Le mercredi 7 février au matin, l’église de Challans est toujours barricadée, la troupe part dès 8h pour La Garnache. Mme Grelier, dans une lettre à son fils écrite le jour même, raconte que « tout ce qui peut partir en bicyclette, en voiture file immédiatement donner main forte à notre sœur ». Vers 15h30, le clairon annonce le retour de la troupe sur Challans : la population de Challans, bientôt rejointe par celle de La Garnache, se masse autour de l’église. Quelques paroissiens, parmi lesquelles Mme Grelier, ont été assez prompts pour tenir le siège dans l’église et entonnent les chants. L’abbé Grelier conserve la liste des « personnes qui ont pris part aux manifestations ». Après trois sommations, la troupe donne l’assaut, à coups de hache dans la porte des fonts baptismaux. Il est six heures du soir quand peut commencer l’inventaire : celui-ci est rapide et sommaire. Constatons que là comme ailleurs, on aura manifesté la plus grande résistance mais sans risquer la violence physique. 

  

La Chronique paroissiale

L’abbé Grelier, ordonné prêtre en juin 1908, est appelé par le curé-doyen de Challans, le chanoine Freland, à s’installer dans la paroisse dès la Toussaint 1908. Depuis la suppression du 3e vicariat, il est d’usage qu’un prêtre habitué aide au service, il vient donc remplacer l’abbé Boucard. 

Peu après son arrivée, il commence à tenir la « Chronique paroissiale de Notre-Dame de Challans » : c’est un récit vivant et illustré de la vie de la paroisse. L’abbé tient rigoureusement cette chronique de la fin de l’année 1908 à 1945 avec deux interruptions : l’une de 1915 à 1919, quand il remplace le curé de Saint-Urbain mobilisé ; l’autre de 1937 à 1939, période à laquelle il a choisi de se retirer dans une communauté à Saint-Martin-la-Forêt (Maine-et-Loire). 

S’agissant d’une chronique paroissiale, l’abbé développe beaucoup les fêtes religieuses et les événements liés aux associations catholiques (fanfare Sainte-Cécile, fêtes des écoles libres, Cercles…). 

Du 2 octobre au 2 novembre 1910, quatre missionnaires viennent prêcher la mission dans la paroisse : les Pères Grenot, Robert, Gilardin et Boutillier (60 J 219, vues 91 et suivantes). En plus des différentes cérémonies, l’abbé raconte que, pour l’installation de la croix de Mission dans le cimetière, des fouilles sont réalisées : elles permettent de découvrir les restes de l’abbé Massonneau et de l’abbé Rabaud. Il fait un récit très détaillé de ces fouilles, croquis à l’appui. 

Les fouilles dans le cimetière de Challans, octobre 1910 (60 J 219, vue 99) 

En 1928, l’abbé Grelier consacre plusieurs pages de sa Chronique à la Fête-Dieu et aux reposoirs installés pour l’occasion, notamment celui de sa mère, réinstallé pour la 1ère fois depuis son décès en 1925. Il salue pour l’occasion « tous ceux qui ont travaillé au reposoir de feu Mme Gildas Grelier » et les présente, photographiés (60 J 226, vues 80-83). 

Quand commence sa chronique, au lendemain de la séparation des Eglises et de l’Etat, la vie de la paroisse est très marquée par ces luttes qui transparaissent dans la vie des associations, des écoles et la vie politique... 

C’est toujours le cas le 29 octobre 1922 quand est inauguré le monument à la mémoire des soldats de Challans morts victimes de la guerre de 1914-1918 : l’abbé Grelier dénonce une « inauguration absolument laïque » et l’absence de tout signe religieux sur le monument. Il vilipende le maire qui « en vue de sa réélection a prié M. le Curé-Doyen de faire un service religieux. Cet homme sait que cela fera bien auprès des électeurs » (60 J 222, vues 74 et suivantes). 

La Chronique est aussi l’occasion d’aborder des sujets moins polémiques, en prise avec le quotidien des Challandais. 

Le 1er juillet 1911, l’abbé Grelier justifie la démolition du mur d’enceinte de la fontaine, sur la place du Marché-Couvert : il « servait d’urinoir à tous les passants » (60 J 220, vue 22). En septembre, une horloge est installée dans la partie supérieure de la « fontaine monumentale ». 

La « fontaine monumentale » avant le 1er juillet 1911 (60 J 220, vue 41) 

Le reposoir de Mme Grelier (60 J 226, vue 80) 

  

   

  

  

  

  

  

  

   

  

  

  

A l’automne 1921, c’est la sécheresse qui revient fréquemment dans la Chronique. Le 16 octobre 1921, « la sécheresse est telle que Mgr l’Evêque prescrit, pour demain, une procession dans toutes les paroisses, pour obtenir du Bon Dieu, de la pluie. A Challans, un des marronniers de la place de l’ancienne église est en fleurs, comme au printemps. (…) Il y a une seconde récolte de prunes et de figues. Même un poirier est en fleurs ; et à la gare, il y a un lilas qui fleurit » (60 J 221, vue 93). 

  

  

La foudre à Saint-Christophe-du-Ligneron

L’église de Saint-Christophe-du-Ligneron détruite par la foudre, 16 janvier 1913 (60 J 407) 

Le 16 janvier 1913, la foudre tombe sur l’église de Saint-Christophe-du-Ligneron : une formidable explosion se fait entendre et quand se dissipent les épais nuages de poussière, les Ligneronnais découvrent leur église en grande partie effondrée. La charpente et les voûtes des bas-côtés ont brisé le mobilier : tous peuvent voir « les débris mêlés dans une incroyable confusion, couverts de poutres rompues et d’ardoises pulvérisées ». 

L’abbé Grelier a conservé le récit de cette destruction ainsi que des photos et des cartes postales. Il s’intéresse aussi à la reconstruction du monument. L’église était assurée et dès le 24 août 1913 avait lieu la bénédiction de la première pierre. Les travaux, dirigés par Hippolyte Bonnier, vont bon train ; celui-ci a déjà fait ses preuves dans la reconstruction de l’église byzantine de Paimboeuf. La mobilisation en août 1914 marque un coup d’arrêt dans la réalisation des travaux et la mort au front de l’entrepreneur en mars 1916 est un nouveau coup dur. Les travaux reprennent à la fin de 1919, ponctués par de multiples incidents : effondrement des arcs du transept à peine achevés en décembre 1920, malfaçons, remplacements des architectes… Elle est finalement bénite le jour de Pâques 1923. 

  

L’église de Sallertaine

En 1910, les travaux s’achèvent dans la nouvelle église de Sallertaine. Depuis quelques années déjà, l’abbé Grelier s’inquiète du devenir de l’ancienne église Saint-Martin, vouée à la démolition. Soucieux de préserver cet édifice, il active ses réseaux pour obtenir son classement comme monument historique et sollicite même des personnalités susceptibles de l’aider. 

Extrait d’une lettre de René Bazin (60 J 348) 

Il fait appel aux archéologues de la Société Française d’Archéologie (SFA) et à ceux de la Société archéologique de Nantes tels Eugène Lefèvre-Pontalis et Joseph Angot. Il s’adresse au comte de Lasteyrie, titulaire de la chaire d’archéologie à l’Ecole des chartes. Il prend aussi contact avec René Bazin, l’auteur de la Terre qui meurt, qui l’avait décrite dans son roman. Celui-ci s’empresse de réclamer à l’abbé Grelier des éléments tangibles qu’il pourra présenter au Congrès archéologique de France en 1910. 

Le journal La Petite Loire de Saumur du 14 juin 1910 publie un compte rendu fidèle du discours d’accueil de René Bazin lors de ce Congrès (60 J 481). Dans son plaidoyer pour sauver les églises, il s’attarde sur celle de Sallertaine ; insiste sur son rôle historique, décrit ses murailles du XIe, ses voûtes Plantagenêt du XIIe s. puis dans une envolée lyrique explique son attachement personnel au lieu. « Je l’aime, cette église, à cause de sa noblesse d’aïeule, à cause de la chrétienne population que j’ai vu prier là, et des prières des générations passées ; je revois cette porte en contre-bas, ce clocher féodal, et les giroflées que le vent avaient semées tout autour ». Il rend enfin hommage à l’abbé Grelier pour cette découverte. 

C’est évidemment sur des éléments plus concrets que s’appuie l’abbé Grelier pour demander le classement (60 J 348) : l’ancienneté de l’église (XIe et XIIe s.), les deux genres de contreforts qu’elle a conservés intacts, la remarquable collection de modillons dont sont ornées les corniches du transept nord et de la nef, l’intérêt tout particulier qu’offre pour l’histoire de l’architecture Plantagenêt la voute du milieu du transept, les chapiteaux du transept dont quelques-uns sont d’un dessin peu usité dans le pays, les trois retables qu’elle possède encore (…), le portail latéral sud celui-là même décrit par René Bazin (…), les faits historiques dont cette église a été le témoin (…). 

Détail d’une porte de l’église (60 J 348) 

Ils parviennent à faire classer une partie de l’église en 1910. C’est suffisant pour empêcher sa démolition et inviter le Conseil municipal à voter les subsides nécessaires à la réfection de la toiture. 

L’abbé Grelier continue son combat pour faire entièrement classer ce bâtiment. 

Il décrit scrupuleusement tous les travaux effectués lors de la rénovation et les découvertes qui en résultent. 

En août et septembre 1910, grâce aux dons de plusieurs membres de la SFA, il entame en parallèle des fouilles dans la partie non classée de l’église de Sallertaine. Il en fait un compte rendu détaillé dans le bulletin paroissial (60 J 45). Le dégagement des enduits à la chaux sur les murs permet de prouver que la construction du XIIe siècle est en fait l’agrandissement d’une église antérieure construite au XIe siècle. Il signale la découverte d’une fenêtre très ancienne dans le mur nord de la nef, d’une piscine, des peintures murales… 

Il obtient partiellement gain de cause : la première travée de la nef, contiguë au transept, est classée en novembre 1912 ; ce classement complète celui de l’abside et du transept de juin 1910. 

  

Sa vocation : l’homme d’Église

Hagiographe

Versé dans les études bibliques, il s’intéresse particulièrement à la vie de saint Symphorien et au bienheureux Jacques Augustin Robert de Lézardière. 

Il découvre qu’avant la Révolution, un culte était rendu à saint Symphorien dans la chapelle de la Bloire. Lui-même très inspiré par ce martyr, il décide de ranimer cette ferveur et de renouer avec un pèlerinage en son temps très populaire. Il recueille une importante documentation et publie en 1951 un ouvrage à la fois hagiographie et manuel de dévotion. Son « Saint Symphorien » est enrichi de quelques feuillets supplémentaires en 1957-1958. Il fait aujourd’hui encore figure de référence. 

La documentation et les notes relatives à saint Symphorien conservées dans le fonds Grelier occupent 1 ml. Elles montrent que c’est essentiellement à compter de 1941 que l’abbé Grelier s’est intéressé au sujet. La période se prête peu aux déplacements et ce n’est qu’à partir de 1946 qu’il recueille suffisamment d’éléments pour envisager une publication. 

Plan du couvent des Carmes, lieu du massacre, dressé par l’abbé Grelier (60 J 200) 

La publication de cet ouvrage ne se fait pas sans de multiples aléas : au lendemain de la 2e guerre mondiale, le papier est devenu rare et donc cher. La correspondance avec les imprimeurs et divers intervenants (60 J 149) prouve la ténacité de l’abbé. 

Dans les mêmes moments il publie « le bienheureux Jacques-Augustin Robert de Lézardière » ; après l’échec d’un premier projet de publication en 1927-1928, celle-ci n’intervient qu’en 1951. Il donne en 1935 plusieurs conférences au Cercle sur le sujet et participe au cycle des Biographies publiées à l’initiative du Diocèse de Luçon. 

L’abbé Grelier a beaucoup d’affinités avec son sujet : né à Challans, élève du séminaire Saint-Sulpice, familier du château de la Vérie. Proche de la famille Boux de Casson qui a acquis le château de la Vérie, Charles Grelier se voit confier quelques archives de la famille Robert de Lézardière : lettres, pièces administratives. 

En avril 1924, le chanoine Boutin fait appel à lui qui a « beaucoup étudié l’histoire de la Révolution et l’histoire locale » pour répondre au vice postulateur de la cause de M. l’abbé de Lézardière (60 J 200). Dans une longue lettre quelques jours plus tard, l’abbé Grelier justifie sa position : Jacques-Augustin Robert de Lézardière est mort pour sa foi et la population challandaise connait et loue ses qualités. A la suite de ce récit, il est appelé comme témoin par le tribunal chargé d’examiner la cause des martyrs du couvent des Carmes. 

  

Clergé vendéen

Jean-Jacques Guérineau, curé de Challans, 1810-1833 (60 J 254) 

Avant même l’abbé Delhommeau, Charles Grelier se lance dans la constitution d’un fichier du clergé vendéen. A une époque où la recherche documentaire demande un véritable investissement, il constitue plus de 5.000 fiches, relève des milliers de noms, multiplie les sources et recueille une documentation particulièrement riche pour la période révolutionnaire. 

Il constitue parallèlement des listes par paroisse et des dossiers de notes biographiques, plus ou moins développés, notamment sur les religieux originaires du marais breton. Il s’intéresse aussi aux curés (60 J 251-260) et aux vicaires de Challans (60 J 261). 

C’est le cas aussi pour des missionnaires comme Joseph Chauveau (1816-1877), vicaire de Challans puis vicaire apostolique du Tibet et évêque de Sébastopolis (60 J 94) et François Mathurin Guichard (1841-1913), évêque de Toron et vicaire apostolique du Kouy-Tchéou, né à Bois-de-Céné (60 J 105). 

Il poursuit également la correspondance entamée par sa mère avec des religieux et religieuses du marais partout à travers le monde (60 J 26-28). 

  

  

Son ouverture : l’homme des savoirs partagés

Une référence 

Augustin Mercier, vicaire général, lui écrit au nom de l’Évêque de Luçon le 4 décembre 1911 pour solliciter son concours. Le chanoine Boutin, chargé de préparer tout un dossier sur les victimes de la Révolution de 1789 en vue d’une présentation à Rome, a besoin d’auxiliaires. Les visites fréquentes de l’abbé Grelier à Nantes pourraient lui permettre de faire des recherches. 

C’est à la suite de ces travaux que le Diocèse publie, dans la collection « Archives du Diocèse de Luçon », une série intitulée Biographies vendéennes. C’est dans ce contexte qu’une première version du travail de l’abbé Grelier sur « Le Bienheureux Jacques-Augustin Robert de Lézardière » est publiée. Elle est tirée des conférences données au Cercle Catholique de Challans à partir de 1935. 

Prêtre dans le Diocèse de Luçon pendant 60 ans, l’abbé entretient d’excellentes relations avec les évêques successifs : Mgr Catteau, Mgr Garnier et Mgr Cazaux. Tous font appel à son excellente connaissance de l’histoire religieuse locale, comme le montre ses papiers. 

L’abbé Grelier, au-delà de l’histoire religieuse est aussi une référence pour de nombreux historiens. Sa correspondance scientifique prouve qu’il est en relations étroites et continues avec de nombreux érudits et historiens, locaux ou non. Ainsi, le Dr Julien Rousseau, spécialiste notamment de Beauvoir-sur-Mer, Amand Henry, de L'Ile-d'Yeu, Georges Staës, pour son dictionnaire biographique du clergé de Seine-et-Oise… 

C’est aussi une référence pour de nombreux archéologues. Devenu membre de la Société Française d’Archéologie en 1902, son sauvetage de l’église de Sallertaine assoit sa réputation et sa crédibilité. Ainsi, dans une lettre du 1er mars 1912, Eugène Lefèvre-Pontalis, président de la SFA, l’interroge sur l’église de La Chaize-le-Vicomte, sa construction et d’éventuels remaniements. Dans cette même lettre, il fait part de son désir de le nommer inspecteur de la SFA pour la Vendée mais précise que pour cela, René Vallette devrait consentir à céder sa place ; c’est chose faite en 1938. 

L’abbé Grelier est également membre de la Société archéologique et historique de Nantes qui dispose localement d’une grande influence. Ces sociétés sont l’occasion de créer des réseaux puissants. 

  

Un collectionneur : travaux des autres

Si l’abbé Grelier ouvre généreusement sa documentation et ses archives aux chercheurs, il sait aussi reconnaitre la valeur des travaux de ses contemporains. Dans les années 1930, les travaux historiques sont souvent publiés par épisode dans les éditions locales de la presse d’information générale. Il est souvent très difficile d’en reconstituer des collections complètes : ces éditions sont faites à faible tirage et le papier, très acide, se conserve mal. Charles Grelier, sensible à leur intérêt pour l’histoire, a patiemment recueilli nombre de ces publications. 

Son fonds contient ainsi l’histoire de Soullans par l’abbé Abel Mulot (60 J 395-396). Cette monographie communale a été publiée par articles dans la Dépêche vendéenne de 1931 à 1936. Suite à l’arrêt impromptu de cette publication dans la nouvelle formule du journal, l’abbé Grelier intervient, sans succès, auprès du directeur. 

Il conserve aussi les éphémérides challandaises d’Auguste Barrau, publiées par le Phare de 1922 à 1939 sous le titre « Challans au temps passé » (60 J 337-341). Cette collection est d’autant plus remarquable que la publication est faite de façon très irrégulière et que l’auteur, poète, républicain et anticlérical, ne partage absolument pas les vues de l’abbé Grelier. Celui-ci ne se prive d’ailleurs pas de quelques commentaires cinglants. Dans cet extrait, il remet ainsi en cause ses talents de paléographe mais aussi, à demi-mot, sa bonne foi. 

Extrait de « Challans au temps passé » commenté par l’abbé Grelier (60 J 338, vue 22) 

L’abbé Grelier a conservé dans sa Chronique paroissiale la série d’articles qu’Auguste Barrau a consacrée aux « Types disparus » : il y dresse le portrait de challandais morts à l’hôpital à la fin du XIXe siècle et au début du XXe (60 J 226). 

Il garde aussi copie des travaux du chanoine Boutin sur le clergé et le serment à la Constitution civile du clergé (60 J 136). 

Ses papiers montrent l’abbé Grelier respectueux des travaux de ses contemporains : il conserve les travaux des autres et cite toujours, non seulement ses sources, mais aussi l’ensemble de ses collaborateurs, même d’humbles secrétaires. 

  

Un archiviste

Charles Grelier est enfin un archiviste : sa réputation d’historien du marais breton et d’érudit local lui ouvre les portes de plusieurs grandes familles. Elles voient en lui l’homme idoine pour conserver et valoriser leurs archives. 

La famille Boux de Casson lui remet ainsi, outre les lettres de la famille Robert de Lézardière, la correspondance reçue par Gabriel Guerry de Lavergne de déportés de Cayenne, à son retour en 1802. Ce petit fonds Boux de Casson comprend aussi des pièces relatives à la gestion des biens de la famille et des familles alliées. On y trouve ainsi l'acquisition du château de la Vérie par les Boux de Casson. 

Acquisition par Louis Girard, au Plessis-Caillonneau, 1606 (60 J 565) 

La famille Dubois, alliée aux Godereau, possède notamment les seigneuries de la Véronnière et de l'Epaissière à Saint-Cyr-des-Gâts, ainsi que le Plessis-Caillonneau et le Moulin de Guyot à Thouarsais. Les pièces les plus anciennes relatives à la gestion de ces biens remontent au XVe siècle. 

La famille Grimouard de Saint-Laurent possède quant à elle des biens dans la région de Fontenay-le-Comte. 

Léontine Petiteau, veuve de Julien Merland, remet à l'abbé Grelier des papiers des familles Vigneron et Merland (60 J 575-591). Ces familles sont installées dans le marais depuis plusieurs siècles, à la Guignardière (Soullans) et à la Guillotière (Coudrie puis Challans). Ce fonds contient notamment des papiers personnels et la correspondance de Charles Marc René Merland, nommé sénéchal de Soullans en 1785, ainsi que 350 lettres envoyées par Mouliade, avocat à Fontenay, à son ami Regain, notaire aux Sables, de 1817 à 1854. Ces dernières sont probablement entrées dans la famille à l'occasion de travaux de Constant Merland. 

Les travaux de Charles-Edouard Gallet sont entrés dans le fonds Grelier de façon plus atypique : les deux hommes se côtoient, fréquentent les mêmes sociétés savantes et se vouent une estime réciproque. Dans le discours qu'il prononce aux obsèques de Gallet en 1911, l'abbé Grelier le reconnaît pour son maître, tant pour ses travaux d'histoire locale que pour l'archéologie ; Charles-Edouard Gallet, historien de Beauvoir et de Bouin, poète et romancier, fait, par testament, de l'abbé Grelier le dépositaire de ses travaux. Ceux-ci portent principalement sur l'histoire du marais : il a publié une étude du pays de Monts, une monographie communale de Beauvoir et un glossaire du patois maraîchin. Mais une partie de ses travaux reste inédite : histoire du marais septentrional de la Vendée, étude sur Bouin, la famille Dupleix, étude historique sur les douanes françaises... 

Dès 1912, l'abbé Grelier fait publier ses Essais poétiques. 

Une partie des archives récupérées par l'abbé Grelier a été fondue dans ses dossiers documentaires : c'est le cas notamment des travaux de l'abbé Teillet. 

  

Un homme de son temps 

Bien de son temps, il fut l'un de ces prêtres érudits du début du XXe siècle, fidèle à sa vocation et assez libre pour se consacrer à ses études. Fin observateur, historien rigoureux, archéologue averti, maraîchin de cœur, catholique fervent, il constitue une documentation rigoureuse et très étendue. Aujourd’hui, elle fait l’objet d’un inventaire détaillé, publié sur internet. Certains documents ont été numérisés et sont mis à disposition en ligne. Les autres sont consultables en salle de lecture aux Archives de la Vendée. Cet ensemble, incontournable pour qui traite de l’histoire du marais, recèle encore des trésors insoupçonnés… Avis aux historiens. 

Aussi, réjouissons-nous : HABEMUS CAROLUM ! 

  

Marina Bossard (novembre 2018) 

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