La « Grande Boucle » et la Vendée, 1903-2018

Le 7 juillet 2018, 176 coureurs représentant les 22 équipes s’élanceront de l'île de Noirmoutier, pour le départ de la 105e édition du Tour de France. C'est un nouveau chapitre de la relation qui s'est nouée depuis plus d'un siècle entre le Tour et la Vendée. Cette histoire a en effet commencé dès 1903 avec la première édition de la course. 

  

A Rocheservière, dans le nord du département, une stèle et un square rappellent l’événement. Le mardi 14 juillet 1903 a lieu la cinquième étape de ce premier Tour de France, de Bordeaux à Nantes. Le coureur cycliste vendéen Ernest Pivin, fourbu de fatigue et victime de nombreuses crevaisons, pose le pied à terre. Pivin, parti la veille de Bordeaux avec 22 autres concurrents, veut abandonner dans sa commune de résidence. Ce n’est qu’encouragé par les habitants de Rocheservière qu’il poursuivra jusqu’à Nantes, pour finir malheureusement hors délai. Pour lui, le Tour s’arrêtera là. 

Stèle en hommage à Ernest Pivin

Stèle en hommage à Ernest Pivin 

Pour la Vendée, c’est le début d’une longue histoire avec le Tour de France. C’est en effet peu après 9 heures du matin, ce mardi 14 juillet 1903 que les 23 coureurs, passés par La Rochelle, pénètrent pour la première fois sur le sol vendéen. Pivin est déjà bien décroché quand les premiers coureurs arrivent à Luçon, à 10 h 25. Une heure plus tard, les échappés grimpent la côte de la Lune au Bourg-sous-la-Roche et s’arrêtent quelques minutes plus tard au Café Dion, pour le pointage réglementaire et une légère collation. En fin de soirée, les derniers participants de l’étape traversent La Roche-sur-Yon. De son côté, Maurice Garin, futur vainqueur de cette édition du Tour, a déjà célébré sa victoire à Nantes sur le vélodrome de Longchamp, à 15 h 20. 

Les onze éditions suivantes du Tour de France, jusqu’en juillet 1914 voient la réédition de cette étape Bordeaux-Nantes et les acclamations des Vendéens, de plus en plus nombreux à s’intéresser à ce que l’on nomme alors la "vélocipédie". Il faudra attendre le lendemain de la Première Guerre mondiale et l’édition de 1919 pour qu’une ville vendéenne, Les Sables-d’Olonne, soit le théâtre d’une arrivée d’étape, le 5 juillet. Vingt-cinq coureurs partent de Brest ce matin là, mais seuls 20 rallient l’arrivée, près de 16 heures plus tard. Cette étape voit la victoire de Jean Alavoine et l’installation d’Eugène Christophe en tête du classement général. Ce dernier inaugurera quelques jours plus tard le port du maillot jaune, symbole désormais mythique de l’épreuve. 

Le siècle verra ainsi se succéder les arrivées et départs de Tour en Vendée. Les Vendéens y acclameront leurs champions locaux, depuis Ernest Pivin, jusqu'à Max Bléneau, Léopold Gelot, Robert Bailleux, Roland Berland (double champion de France), Claude Moreau, Claude Vincendeau, Olivier Perraudeau, Jean-René Bernaudeau, les grimpeurs Walter Bénéteau et Anthony Charteau, Thomas Voeckler, en passant par Robert Varnajo, vainqueur d’étape en 1954. 

Il est cependant possible de distinguer plusieurs époques. Le choix des villes-étapes suit en quelque sorte la transformation du département. Le Tour de France en est une vitrine. La cité balnéaire des Sables-d’Olonne accueille en effet l’épreuve sans discontinuer, de 1919 à 1931. 

Tour de France 1935 à Montaigu

Contre-la-montre par équipe, passage de l’équipe belge à Montaigu le 26 juillet 1935 (carte postale de la collection Jean Meunier, 1 Num 20-3/468

Puis c’est au tour de la ville-préfecture, La Roche-sur-Yon, d’accueillir les coureurs de 1934 à 1938. La venue du Tour est liée à une forte volonté municipale et à la vitalité des clubs cyclistes yonnais, proches d’Henri Desgrange, alors directeur du journal "L’Auto" (futur "L’Equipe") et organisateur du Tour. La ville donnera d’ailleurs le nom d’Henri Desgrange au vélodrome de la ville. 

L’après-guerre voit le retour de la course aux Sables-d’Olonne en 1947 et 1949. Mais le Tour va oublier la Vendée pendant la période des Trente Glorieuses, à l’exception d’une arrivée d’étape à Luçon en 1962. Il faut attendre 1972 pour que la Vendée renoue avec le Tour de France, grâce à une très forte volonté des frères Merlin, promoteurs des fameux ensembles immobiliers de la côte nord du département. Passionnés de cyclisme, les frères Merlin vont s’offrir une formidable publicité. En 1972, 1974, 1975 et 1976, auront lieu les étapes qui empruntent le circuit de "Merlin-Plage", de Saint-Gilles-Croix-de-Vie à Saint-Jean-de-Monts, avec notamment la fameuse victoire d’Eddy Merckx, au contre-la-montre du 2 juillet 1975, qui lui permet de revêtir le maillot jaune. Maillot qu’il abandonnera quelques jours plus tard, au bénéfice du français Bernard Thévenet. 

Tour de France 2005

Tour de France 2005 (affiche, BIB R 30) 

Vitrine touristique, le Tour de France délaisse à nouveau la Vendée pour la proche Vienne, avec de nombreuses arrivées au Futuroscope, dans les années 80. Depuis 1993, le Tour est de retour en force dans le département, à présent désenclavé et bénéficiant de nouveaux axes routiers que sollicitent les coureurs dans leur recherche de performance. Le Tour, depuis les vingt-cinq dernières années, est parti ou s’est arrêté au Puy du Fou, aux Epesses (prologue 1993, 1997, prologue 1999), Luçon (1993), Les Sables-d’Olonne (1993), Chantonnay (1997), Montaigu (1999), Challans (1999 et 2005), La Barre-de-Monts (Fromentine) (2005), La Châtaigneraie (2005), Noirmoutier-en-l’Ile (2005 et 2011), Les Essarts (2005 et 2011), Les Herbiers (2011) et Olonne-sur-Mer (2011) [les dates en gras signalent les grands départs]. 

Un siècle après la fin de la Première Guerre mondiale, l’édition du Tour de France 2018 s’inscrira dans les pas de Georges Clemenceau : avec deux étapes vendéennes pour ouvrir cette 105e Grande Boucle, la figure du « Père la Victoire » sera au cœur du week-end inaugural. En effet, la première étape de la course, qui aura lieu le 7 juillet, partira de Noirmoutier-en-l’Ile pour rejoindre Fontenay-le-Comte, en longeant la côte. Les coureurs traverseront Saint-Vincent-sur-Jard, village où Clemenceau résidait aux beaux jours, après s’être retiré de la vie politique. L’étape du 8 juillet partira de Mouilleron-Saint-Germain, la commune où est né Georges Clemenceau, pour rejoindre La Roche-sur-Yon. 

  

Christophe Dubois, juillet 2011 (mis à jour en juin 2018 par Emmanuelle Roy) 

Bibliographie sommaire

- Jacques Hussenet, « Le Tour de France fait étape en Vendée, juillet 1919 », dans Recherches vendéennes n°6, 1999 ; p. 123 à 126.
- Pierre Ménard et Anton Lavigne « Les Sables, 1ère ville-étape vendéenne du Tour de France en 1919 », dans Olona n°195, 2006 ; p. 39 à 43.
- Antoine Blondin et Jacques Chancel « Départ du Tour de France, les "mecs d’antan" sont en Vendée », dans Vendée, Mémoire et Audace, p. 142 à 145
- Le Messager de la Vendée, n° 29 du 19 juillet 1903 (relatif au premier passage du Tour en Vendée)
- Film de Jean Desgeorges sur l’arrivée du Tour de France aux Sables-d’Olonne en 1947 :  http://memoire.ciclic.fr/1562-tour-de-france-en-vendee#ficheDoc

  

Images des Tours de France 1993 (affiches, Bib R 30) et 1999 (collection photographique de la DDE)

Tour de France 1993

1993, Tour de France au Puy du Fou... 

Tour de France 1993

... et à Luçon 

Préparation du Tour de France 1999

1999, réfection de la chaussée submersible du Gois par les agents de la DDE en juin, en prévision de l’étape du 5 juillet, Challans-Saint-Nazaire 

 

  

Tour de France 1999

5 juillet 1999, passage des coureurs sur le Gois... 

Tour de France 1999

... et sur le pont de Noirmoutier. 

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