Les Filles de la Sagesse : une congrégation de femmes en Vendée

Un groupe de sœurs converses, fin XIXe-début XXe siècle 

Depuis 2015, dans le cadre d’un partenariat scientifique conclu entre le Département de la Vendée et la Congrégation des Filles de la Sagesse, les Archives départementales sont chargées de la gestion et de la mise en valeur des archives historiques conservées au sein de la Maison-Mère de la Congrégation à Saint-Laurent-sur-Sèvre. 

Trois inventaires permettant de retracer l’histoire et les activités de la Congrégation sont d’ores et déjà en ligne : 

En complément de ces inventaires, les Archives de la Vendée vous proposent de découvrir en quelques chapitres, des épisodes marquant l’histoire, l’organisation et les actions de la Congrégation. 

   

Chapitre IV. Sœurs de chœur et sœurs converses : deux catégories de religieuses au sein d’une même famille

Pendant près de 180 ans (de 1767 à 1954), la congrégation des Filles de la Sagesse se compose de deux catégories de religieuses : les sœurs de chœur enseignantes et hospitalières appelées à se consacrer aux pauvres, aux malades et à l’éducation des enfants et les sœurs converses employées principalement au service des communautés, aux travaux manuels ou domestiques.       

  

1767, première admission d’une sœur converse

Louis-Marie Grignion de Montfort, fondateur de la Congrégation en 1703, n’établit pas de distinction entre ses religieuses, chacune devant être impliquée selon ses capacités "aux emplois où Dieu les appelle ( FDLS E 4 – Règle primitive des Filles de la Sagesse). Cependant il a recourt pour certaines tâches, à des personnes laïques appelées "Vierges" qu’il institue en confrérie. 

Jeanne-Françoise Dervaux dans son livre "Le doigt de Dieu" (FDLS BIB 421-1) indique que "ces pieuses filles suivaient un règlement de vie très sévère". Elles n’étaient pas affiliées à la Congrégation, ne dépendaient pas des supérieurs généraux mais se réclamaient d’un fondateur commun. Elles pouvaient fournir une aide ponctuelle ou être gagées à l’année et demeurer chez les sœurs. 

En 1767, la communauté installée à Saint-Laurent-sur-Sèvre emploie deux ou trois "Vierges" à demeure. L’une d’elles, Marianne Châtain, demande à prononcer ses vœux. Elle sera, sous le nom de Sœur Jeanne, la première sœur converse admise au sein des Filles de la Sagesse. Elle meurt à Saint-Laurent-sur-Sèvre le 19 juin 1816 après 49 ans passés dans la Congrégation. Vous pouvez lire le récit de son admission dans le premier volume des chroniques rédigées par Sœur Agathange : FDLS FA 1 vues 227-229

En 1793, toujours selon les chroniques, les Filles de la Sagesse comptent 8 sœurs converses (sur 355 sœurs environ). En 1800, la tourmente révolutionnaire passée, le Père Supiot, supérieur général, propose, en récompense de leur zèle, de les admettre au rang des religieuses de chœur. Seules deux d’entre elles acceptent.  

   

Un règlement spécifique

Règlement des sœurs converses, 1824 (FDLS 2 G 70) 

Le premier règlement qui prévaut à l’organisation des sœurs converses est rédigé en 1824 et signé par la supérieure générale de la Congrégation, Sœur Saint-Calixte. Le Chapitre général réuni en 1863 juge utile la rédaction d’un manuel destiné aux sœurs converses afin, comme l’indique la circulaire du 30 mai, "de les rendre de plus en plus pieuses, obéissantes et utiles à la Famille du Vénérable Montfort". Cet ouvrage ne sera édité qu’en 1874 (FDLS 2 G 42). 

Le premier des 17 articles qui compose le règlement de 1824, insiste d’emblée sur leur appartenance à la Congrégation, au même titre que les sœurs dites d’habit ou de chœur, le deuxième précise leur rôle : "elles sont établies pour faire les gros ouvrages de la maison chef-lieu et des établissements où les supérieurs généraux jugent à propos de les placer", et le troisième souligne les vertus que l’on attend d’elles "spécialement celles d’humilité, d’obéissance, de mortification, de douceur et de patience auxquelles elles sont appelées d’une manière toute particulière par leur sainte vocation qui les oblige à des travaux quelque fois un peu pénibles". Les articles suivants détaillent leur formation, l’organisation de leur journée et la forme de leur habit. 

Si leur rôle au sein de la Congrégation diffère, sœurs de chœur et sœurs converses prononcent les mêmes vœux d’obéissance, de pauvreté et de chasteté et suivent la règle de l’institution prescrite par Louis-Marie Grignion de Montfort. Elles partagent la vie de communauté, récréations et repas sont pris en commun dans la mesure où les emplois le permettent. 

L’habit porté par les religieuses de la Congrégation est très codifié (vous pouvez lire à ce propos le chapitre III des actualités consacrées aux Filles de la Sagesse). Celui que doivent revêtir les sœurs converses est largement détaillé dans le manuel écrit à leur usage (FDLS 2 G 42). Il se caractérise par la couleur noire de la jupe, le port d’une demi-cape également noire, d’un tablier de coton bleu uni ou rayé, et par la façon de porter la coiffe dont les extrémités sont relevées sur la tête.  

   

Un recrutement remis en question

Les sœurs de chœur de l’hôpital du Palais et leur sœur converse, Belle-Île-en-Mer, 1906 ( FDLS 8 Fi 163

Les registres consacrés aux membres de la Congrégation consultables dans l’inventaire, permettent de suivre l’évolution du recrutement. De 1703 à juillet 1954, 14762 sœurs de chœur et 1908 sœurs converses ont été admises au sein des Filles de la Sagesse. 

En 1845, le Chapitre général soumet au vote "la question de savoir si l’on continuerait de recevoir des sœurs converses dans la Congrégation ou si, tout en conservant celles qui existent actuellement on renoncerait à en recevoir d’autre, afin d’en revenir avec le temps à l’ancien état des choses dans la Congrégation" (extrait du compte-rendu du Chapitre général, FDLS DF 1-2). La décision de suspendre l’admission des sœurs est acceptée. Quelques années plus tard, face aux besoins de la Congrégation, le choix est fait de reprendre le recrutement, mais en proposant une formation spécifique. A cet effet, un noviciat ouvre à Saint-Laurent-sur-Sèvre en 1857. L’enseignement des jeunes novices est confié à Sœur Agathange qui avait consacré de nombreuses années à l’instruction des novices de chœur. Le registre des mouvements annuels des sœurs converses (FDLS KR 1.3) indique que dès les trois premières années, 115 jeunes filles vont intégrer le noviciat, 43 d’entre elles feront profession en 1859. 

Au milieu du XXe siècle, la Congrégation, soucieuse de s’adapter aux  évolutions de la société, engage une réflexion sur l’opportunité de conserver deux catégories de religieuses. A partir de 1942, aucune aspirante n’est admise au rang de sœur converse et, en 1951, le Chapitre général décide la suppression de leur statut.  En 1954, le texte des constitutions indique dans son 6e point que "la Congrégation des Filles de la Sagesse ne comprend qu’une seule classe" (FDLS 2 G 31). Il est alors proposé aux sœurs converses de se réunir aux sœurs de chœur. Elles abandonnent leur costume et se voient octroyer un nouveau numéro matricule.  

Comment trouver une sœur de chœur ou une sœur converse dans les archives ?

La base de données "Congrégations de Vendée" présente les membres de deux congrégations vendéennes, les Filles de la Sagesse et les Sœurs des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie ou Sœurs de Mormaison. Elle donne accès au relevé complet des religieuses ayant fait profession jusqu’en 1933 pour les Filles de la Sagesse et jusqu’en 1939 pour les Sœurs de Mormaison. 

Date de publication : 01 décembre 2022

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