1815, rallumez le feu ! Insurrection royaliste en Vendée

Portrait du général Travot (extrait de l'ouvrage BIB D 130

1793… la Vendée s’embrase. Sur les braises de ce conflit, la toute jeune République mène un patient travail de pacification. Avant que le retour de l’île d’Elbe de Napoléon en 1815 ne provoque de nouvelles étincelles. 

Ces derniers épisodes, souvent méconnus, de la guerre de Vendée sont éclairés par de nouvelles sources issues des archives du château de la Pélissonnière au Boupère. 

    

Après l’arrestation de Charette en mars 1796, le général Travot est nommé commandant de la subdivision de la Vendée, en poste aux Sables-d'Olonne. Une partie de sa correspondance avec les administrations locales et le général Desbureaux, commandant de la 12e division, a été acquise dans une vente par Frotier de Bagneux, propriétaire de la Pélissonnière. Près de 400 lettres et brouillons qui éclairent la volonté de pacification de Travot et rendent compte, localement, des soubresauts qui agitent le département. 

Pour le général Travot, la plupart des habitants ne demandent que la paix. Quelques brigands tentent de soulever la population mais "les chefs ont une peine infinie à les retenir. Il ne leur faudrait qu’une correction un peu sérieuse pour tout apaiser" ( 1 Num 529 137, vue 7). Fidèle à cette conviction et désireux de recueillir l’assentiment du peuple, Travot libère le 14 brumaire an VIII [5 novembre 1799] un brigand fait prisonnier par ses troupes, parce qu’il "avait été arraché de chez lui pour marcher" (1 Num 529 137, vue 5). 

Conciliant avec les royalistes, intransigeant avec ceux qui pillent, volent et tuent, il se montre aussi soucieux du bien-être de ses troupes républicaines. Le 10 brumaire an VIII [1er novembre 1799], "la troupe ne devant pas souffrir de la coupable insouciance des fournisseurs, [il] invite à prendre des mesures pour assurer (…) le service de la viande" ( 1 Num 529 137, vue 1). En contrepartie, il exige de ses hommes l’exemplarité. En vendémiaire an VI [octobre 1797], lorsque Gendrau, maréchal des logis, dénonce ses camarades à l’origine d’une bagarre à la foire de Talmont ( 1 Num 529 177, vue 1), Travot lance une enquête. Il fait recueillir nombre de témoignages pour identifier et punir les fauteurs de troubles. Il interdit aussi aux militaires de paraitre dans les foires quand ils ne sont pas de service. Dans cet esprit de conciliation, en nivôse, l’administration municipale de Talmont organise une grande fête de la paix ( 1 Num 529 190, vues 11 à 15). 

  

La politique de pacification de Travot est poursuivie après son départ en 1802 par les préfets Merlet et Barante. Les succès de l’Empire tempèrent les velléités de révolte. 

  

Signatures des officiers du 3e corps de l’Armée catholique et royale, 27 juin 1815 ( 1 Num 529 66, vue 2) 

Après son exil à l’île d’Elbe, le retour de Napoléon ne tarde pas à souffler sur les braises. Paul Frotier de Bagneux prend en 1815 la tête de la division de Pouzauges de l’Armée catholique et royale ( 1 Num 529 62). Il échange alors avec les autres chefs : de Sapinaud, général en chef, le chevalier de Saint-Hubert, commandant le 3e corps d’armée, Desnouhes, major de sa division… Ces correspondances sont l’occasion de mieux comprendre leurs relations. Les archives familiales recèlent aussi d’autres pièces historiques comme les déclarations signées des officiers du 3e corps de l’armée royale vendéenne dénonçant le traité de paix de Cholet en juin 1815 ( 1 Num 529 65 et 66). La nomination de Frotier de Bagneux au poste de sous-préfet de Bourbon-Vendée en août 1815 explique aussi la présence de pièces justifiant des demandes de pensions. La révolution de 1830 écarte ensuite définitivement le comte de Bagneux de l’administration, suite à son implication dans les tentatives de la Duchesse de Berry de mettre son fils sur le trône. 

Une lettre du comte de Bagneux à Henri comte de Chambord, prétendant au trône, en 1853 ( 1 Num 529 111), résume les tensions politiques qui ont agité la première moitié du XIXe siècle. Il introduit son ami Petit-Duvignaud en précisant qu’il est "dans la très bonne ligne politique". Il annonce ensuite sa volonté de se conformer aux ordres tout en soulignant les désaccords qui l’opposent à La Rochejaquelein. Enfin, il plaide pour rallier à la cause légitimiste, ou tout au moins pour amener à moins d’hostilité, les acquéreurs de biens nationaux en les confortant dans leurs possessions. Paul de Bagneux pense-t-il avoir trop clairement énoncé ses vues ? Craint-il de froisser le prétendant au trône ? Toujours est-il qu’il n’enverra pas cette lettre. 

Retrouvez l’inventaire en ligne des Archives de la Pélissonnière.

Date de publication : 04 octobre 2022

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