Acheter le domaine de la Renelière à La Chapelle-Achard en 1791… bonne idée ?

Le bourg de La Chapelle-Achard, avant 1898 (plaque de verre, 1 Num 1-300-15)  

En 1791, Louis Frotier de Bagneux achète le domaine de la Renelière à La Chapelle-Achard. Celui-ci s’étend sur une grande partie de la paroisse et se prolonge même sur celle de Sainte-Flaive-des-Loups. Avec les terres, il acquiert les titres anciens liés à la gestion de ce domaine. 

De 1457 à 1782, des dizaines d’acquêts, de baux, de partages et de transactions conservés dans les Archives de la Pélissonnière rendent compte de l’histoire des lieux et des familles.  

  

Les circonstances de l'acquisition en 1791

Dans le résumé de ses affaires rédigé à l’intention de son fils ( 1 Num 529 9), Louis Frotier explique les raisons qui l’ont amené à réorganiser son patrimoine foncier. Le 18 avril 1791 meurt à Niort Louis Angevin de La Revêtison, un lointain cousin. Louis et Joseph Frotier, son frère, peuvent prétendre, avec les Jourdain de Crissé à une part de l’héritage constitué, entre autres, du domaine de la Renelière (La Chapelle-Achard), de la petite métairie de Pallé et de la Revêtizon (Deux-Sèvres). Les persécutions qui ont accompagné la Révolution ont déjà commencé : les menaces sur sa vie et sa maison et le faible rendement de la terre de Lescorcière (Gouex, Vienne) incitent Louis Frotier à saisir l’occasion. Il vend sa propriété et rachète à ses cohéritiers leurs parts dans cette portion de la succession de La Revêtison. Ces propriétés offrent alors un revenu intéressant.  

Six mois plus tard, ses biens sont placés sous séquestre. S’il parvient à les dégager dans le département de la Vendée, ses démarches échouent en Deux-Sèvres. En 1793, Louis Frotier pense d’abord à une « émotion éphémère » avant de réaliser trop tard l’importance de cette révolte. Malade, craignant pour sa vie et celle de son fils, il choisit de se rendre à Fontenay où il est placé sous la surveillance constante de l’administration. Considéré comme émigré par le département des Deux-Sèvres, il peine à faire reconnaitre ses droits. Coup de grâce avec la loi du 17 nivôse an II relative aux donations et successions : elle permet aux religieux et religieuses de recueillir les successions qui leur sont échues, et ce depuis le 14 juillet 1789. Or, Louise Adélaïde Angevin, sœur de M. de La Revêtison, est religieuse bénédictine. Elle s’empresse de faire valoir ses droits sur la succession de son frère devant le tribunal de Niort où Louis Frotier, selon ses dires, est privé d’une véritable défense. Il renonce à ses projets d’appel devant les menaces sur sa vie. Entièrement dépossédé de la succession, il espère, après ces troubles, faire valoir les droits de son frère Joseph, oublié dans la procédure. En vain.  

  

Les actes anciens du domaine de la Renelière : la vie d'une petite seigneurie depuis le XVIe s.

Le 6 décembre 1520, Etienne Provost acquiert de Jehan Barbeau et Marie Bordère, sa femme, des biens au village de la Dorinière, à La Chapelle-Achard, consultez l'acte : 1 Num 529 23, vue 5.   

Si le domaine de la Renelière n’a que très brièvement appartenu à Louis Frotier de Bagneux, il en conserve tous les titres anciens. Des actes qui rendent compte de la vie d’une petite seigneurie, aux XVIe et XVIIe siècles.  

Plusieurs familles apparaissent dans les différentes transactions : Dupuy, Chanteclerc, Buffechou, Martin avant que le domaine ne se concentre dans les mains des familles Foucher puis Poitevin. Ces actes témoignent parfois de pratiques aujourd’hui méconnues comme les communs de village et sont l’occasion de découvrir la vie locale. 

Ainsi le 4 novembre 1564, les habitants de la Renoullière [Renelière] à La Chapelle-Achard se partagent les communs du village ( 1 Num 529 14, vue 21) : l’occasion d’un recensement exhaustif. Jehan Buffechou, en son nom et pour sa femme Jehanne Chantecler, Jehan Chantecler, fils de défunt Jehan Chantecler, Thomas Bischatz à cause de Augustin Bischatz, son fils, et de défunte Osanne Chantecler, sa femme, Crespin Bourget, à cause de Marie Gandin, sa femme, Jehan Boicesaud, Micheau et Toussainct Peaux, Françoise Peau, veuve de Jacques Penysson, Jehan Augeard et Tiphayne Peau sa femme, et à cause d’elle, Jehan Grenet, à cause de Loys, Pierre, Jehan et Symone, enfants de défunt Pierre Peau et Brege Penysson, à présent femme dudit Grenet. 

L’occasion aussi de voir ressurgir des villages disparus comme la métairie de la Gojonnière ( 1 Num 529 18 à 21). Un aveu de 1779 ( 1 Num 529 51) indique que cette métairie aurait disparu au XVIIe siècle pour laisser place à celles de la Porte et de la Devaltière, aujourd’hui dans la commune de Saint-Mathurin. 

Au fil des actes se dessine une image détaillée de ces villages de La Chapelle-Achard, de leurs habitants et de leurs relations.  

Retrouvez les actes anciens du domaine de la Renelière dans les Archives de la Pélissonnière.

Date de publication : 24 mai 2022

Retour en haut de page