Brave marin, d’où reviens-tu ?

Le port des Sables-d'Olonne, lithographie d'Hastrel de Rivedoux, vers 1845 (1 Fi 1114) 

En partenariat avec le Service historique de la Défense de Rochefort, les Archives départementales se sont engagées dans un programme de numérisation des matricules des Vendéens, gens de mer. Elles publient ce mois-ci la première partie d’un inventaire qui contiendra à terme la reproduction de deux cents registres conservés à Rochefort dans les fonds de l’Inscription maritime. 

  

Les matricules des gens de mer

Succédant au système des classes institué par Colbert, l’Inscription maritime est chargée d’exercer la tutelle de la Marine d’État sur les gens de mer entre le XVIIIe et le XXe siècle. Les archives de cette ancienne institution font aujourd’hui partie des collections du Service historique de la Défense. Parmi elles se trouvent les registres utilisés pour le recensement et la levée des marins vendéens. 

Appelés « matricules » (au féminin) ou « matrices », ces registres sont tenus dans les bureaux des quartiers maritimes sous la supervision d’un administrateur. On y consigne l’état civil des gens de mer, leur signalement et des renseignements sur leur carrière à bord des navires de guerre (au service de l’État) et des navires de commerce ou de pêche. Une matricule est ouverte et renouvelée périodiquement pour chaque catégorie de personnel : mousses, novices, officiers mariniers et matelots, capitaines au long cours, maîtres au cabotage, hors de service, etc. 

Extrait du registre SHDMR 3 P 7-24 

Il va sans dire que ces sources sont précieuses aussi bien pour la recherche généalogique que pour l’histoire sociale et économique de la Vendée. Les informations qu’elles contiennent à propos des mouvements des marins sont inédites : la consultation de ces matricules permet de reconstituer des carrières dans leur intégralité et de compléter les données relevées dans d’autres sources. Il s’agit d’une mine généalogique pour tous les descendants de gens de mer. 

La tenue de ces matricules s’organise au niveau territorial grâce à une division des côtes en quartiers, sous-quartiers et syndicats. Sont conservées à Rochefort les archives des trois quartiers vendéens : Les Sables-d’Olonne (sous-série MR 3 P), L’île de Noirmoutier (MR 4 P) et L’île d’Yeu (MR 5 P). 

En partenariat avec le Service Historique de la Défense, les Archives de la Vendée se sont engagées dans un programme de numérisation des matricules tenues dans ces trois quartiers entre 1788 et 1920. Publié ce mois-ci, l’inventaire donne accès à cinq mille images correspondant aux cinquante matricules tenues au quartier des Sables-d’Olonne entre 1788 et 1850. Il sera augmenté au cours de l’année par deux publications supplémentaires et contiendra à terme la reproduction de deux cents registres. 

L’inventaire offre déjà de belles perspectives de recherche. Vous trouverez ci-dessous une étude de cas : celui de Pacifique Pinson, fils et petit-fils de marin, né aux Sables-d’Olonne le 6 avril 1782. 

  

Les tribulations de Pacifique Pinson

Etat civil de Pacifique Pinson dans le registre  SHDMR 3 P 7-16 (vue 56) 

La carrière d’André Charles Pacifique Pinson débute officiellement le 22 octobre 1794, jour de sa première inscription au syndicat des Sables      ( SHDMR 3 P 7-3, inscrit n°165, p. 45, vue 46). À l’âge de douze ans, il embarque comme mousse sur un navire de commerce destiné au petit cabotage. Il suit ainsi les traces de son père, marin mort en mer à bord de la frégate L’Engageante pendant la guerre d’indépendance américaine. La première inscription de Pacifique fait état de huit embarquements entre octobre 1794 et mars 1798. 

Conformément à la réglementation en vigueur, le jeune homme obtient le grade de novice à partir de son seizième anniversaire. Son inscription est alors reportée sur la matricule correspondante ( SHDMR 3 P 7-5, inscrit n°237, p. 41, vue 39). Levé pour le service de l’État, Pacifique navigue pendant dix-huit mois à bord de La Concorde, sous les ordres du capitaine Jean-François Landolphe. 

Devenu matelot ( SHDMR 3 P 7-74, inscrit n°553, p. 139, vue 144), Pacifique sert une année sur le vaisseau Le Héros, puis sur la frégate La Poursuivante. Le 21 octobre 1805, il prend part à la bataille de Trafalgar à bord de L’Achille, sous le commandement de Louis Gabriel Deniéport. Canonné par plusieurs navires de la flotte britannique, le vaisseau démâte, prend feu et explose avant de sombrer. Plus de quatre cents membres de l’équipage sont tués ou portés disparus. 

Survivant de Trafalgar, Pacifique est fait prisonnier et détenu sur les pontons anglais jusqu’en 1814, année de l’abdication de Napoléon. Dans la nouvelle matricule des matelots, on inscrit la date de son retour aux Sables-d’Olonne : le 5 juin 1814 ( SHDMR 3 P 7-16, inscrit n°191, f. 48, vue 56). Les années suivantes, Pacifique embarque pour plusieurs campagnes de pêche au large de Saint-Pierre-et-Miquelon et Terre-Neuve. 

La matricule des matelots tenue au syndicat des Sables entre 1816 et 1826 n’a pas été conservée. On ignore donc tout des activités de Pacifique pendant cette décennie. Autre problème : cette lacune nous fait perdre sa trace dans la série de matricules. Une recherche complémentaire dans les registres d’état civil et les recensements de population des Sables-d’Olonne est nécessaire pour pallier cette lacune : en septembre 1824, dans l’acte de naissance de sa fille aînée Joséphine, Pacifique est désigné comme « capitaine de navire au petit cabotage » ( AD2E194/15).  

On retrouve effectivement sa dernière inscription dans la matricule ouverte en 1826 pour les maîtres au cabotage du syndicat des Sables ( SHDMR 3 P 7-39, inscrit n°126, p. 63, vue 65). On y apprend qu’il a été nommé maître au petit cabotage le 19 mai 1821. Admis à la demi-solde en 1833, il a continué à naviguer sur un sloop baptisé Le Héros jusqu’à sa mort. Tombé malade, il est débarqué à Marennes le 19 juin 1841 et meurt le soir même, à l’âge de 59 ans. 

Consulter les archives de l’inscription maritime des quartiers vendéens 

Date de publication : 27 avril 2021

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